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Des Lettres et des Bulles
jeudi 07 février 2008, a 19:27
Quand l'estomac se vide, l'esprit s'éclaircit... un petit bout de la 4ème partie de mon texte.
 

Alex est invité à partager le déjeuner de ses hôtes. Il pense alors qu'Eugénie n'a pas dormi, et qu'ils vont bientôt reprendre la route. Et puis, il songe à cette pauvre licorne, prisonnière d'hommes incompréhensifs, l'homme dont il partage la table l'est indéniablement. Ses propos sont rudes, il estime que la licorne leur doit de réaliser leur vœu, que c'est pour cela qu'elle possède cette magie ! Alex s'enquiert de devenir de l'animal quand elle aura fait ‘son travail'. L'homme répond que certainement d'autres villageois réclameront son aide.

Alex est ulcéré. Il sent son tic revenir. Les enfants et leur père éclate de rire en disant qu'il aurait lui aussi bien besoin de la magie de la licorne. La moquerie de son hôte, lui coupe l'appétit, il s'excuse et sort de table. Il jette un coup d'œil à la petite vieille, qui n'a pas levé le nez de son assiette tout le long de l'échange, qui lui offre un regard désolé.

Inconsciemment, Alex sort, et va s'asseoir à l'ombre du mur de la maison, du côté où la licorne a désespéré de lutter.

Il la regarde un moment, rejoint par Eugénie.

 «  Tu ne dors pas ?

-          Je surveille tes allées-et-venues quand même.

-          Je pense que tu devrais aller dormir. Je ne compte pas passer une nuit de plus ici.

-          Je te comprends. Tu es déçu ?

-          La vieille est tellement gentille, Vérane aussi.

-          Tous les hommes ne sont pas les mêmes. »

Alex ne répond pas, il paraît absorbé dans ses réflexions soudainement.

Eugénie suit son regard et aperçoit deux hommes en train d'échanger leur place auprès de la licorne. Des tours de garde ! Elle n'a pas besoin de lui demander pour comprendre à quoi pense Alex.

 «  C'est dangereux.

-          Je ne peux pas la laisser ici.

-          Ils vont te pourchasser.

-          C'est un risque à prendre, puisqu'ils ne comprendront jamais. Que feront-ils si elle ne réalise pas leurs vœux ?

-          Ils la battront, je pense.

-          Hurm…

-          Mais elle préférera mourir que céder, ça c'est sûr.

-          Alors, il est hors de question que je l'abandonne ! »

Sur ce, il se lève d'un bond se dirige vers l'homme qui vient de prendre la garde. Eugénie les voit se mettre visiblement d'accord. Quand il revient, Alex lui intime d'aller dormir, car ils partent ce soir, avec la licorne, villageois contents ou pas !

Il va lui aussi profiter d'une sieste dans un lit qui l'accueille agréablement : le gendre étant parti, la vieille et Vérane lui ont proposé de prendre à nouveau du repos dans la chambre des enfants.

 «  Il est allé discuter avec les sages et les conseillers du village, des choses à faire concernant la licorne, il ne reviendra peut-être que tard dans la nuit, quand toutes les décisions auront été prises. »

Voilà une bonne nouvelle pour Alex, qui espère qu'avec un peu de chance les débats seront animés par un bon vin… et que ses participants s'y adonneront volontiers.

Il est prévu qu'il prenne son tour de garde à minuit. Minuit, l'heure où tout est possible. Cette pensée lui donne du courage, il sourit en tirant sur sa cigarette.

Un peu avant de prendre la relève, il cache sa besace, que Vérane à rempli de nombreuses victuailles pour son prochain voyage, à l'angle de la maison, dans un fourré.

Une fois, sa place prise, il attend que l'autre homme ait totalement disparu avant de s'approcher de la licorne. Celle-ci a un mouvement de recul, mais la voix d'Eugénie se fait entendre et la rassure sur les intentions d'Alex.

 « Ma garde est prévu pour une durée de cinq heures. Régulièrement, je vais discrètement et largement entamer tes liens avec mon couteau. Quand toutes les cordes seront suffisamment détériorées, il faudra attendre de voir comment si comporte le village. Je pense que dans quelques heures les hommes seront suffisamment saouls pour ne pas arriver à lancer une poursuite organisée. Mais je préfère m'en assurer.

Dès qu'on sera certain que c'est possible, tu n'auras qu'à tirer un peu sur les cordes, elles ne devraient pas résister, et tu pourras galoper vers la forêt.

-          Et toi ?

-          Je ne sais pas. Selon le cas, on pourrait envisager que je parte avant que tu ne te libères, mais c'est risqué, car si on s'aperçoit de mon absence, ils vont comprendre qu'il y a un truc de louche… »

Il s'interrompt soudain ! Réalisant qu'il vient de parler à la licorne comme à Eugénie.

L'être magique interprète son silence et sa stupeur.

 «  J'ai de nombreux pouvoirs magiques. Le don de la parole en fait partie, tout comme Eugénie.

-          Mais Eugénie n'a pas de pouvoirs magiques !

-          Ah, ça… »répond la licorne dans un tendre sourire. Alex se tourne alors vers Eugénie qui fait mine de ne pas le remarquer et les prévient qu'elle va faire un tour de reconnaissance pendant qu'il attaque de couper les liens.

Alex peste, la licorne pouffe.

 «  C'est bien Alex ton nom ?

-          Oui.

-          Je me nomme Lily -  ajoute-elle en souriant à nouveau. Elle semble apaisée, différente de l'animal furibond que l'on a tiré jusqu'à ce lieu quelques heures auparavant. – Merci.

-          Je t'en prie. Je ne pouvais pas de laisser là. Cet homme est…

-          Méchant ?

-          Non, égoïste ! D'accord, il aime sa femme, mais il ne pense pas à toi !

-          Je ne suis qu'un outil pour lui.

-          Pfff.

-          Je le comprends…

-          Eh bien pas moi ! On a-t-on qu'on traite des êtres aussi merveilleux que toi, de la sorte, un homme comme moi à la rigueur, mais…

-          Ne dis pas cela, personne ne le mérite. Cependant les hommes sont ainsi faits, ils cherchent sans cesse à dominer. »

Eugénie revient, deux cordes sont endommagées, retenues au cou et aux pieux par de simples filaments.

En trois fois, avec des pauses entre chaque pour éviter les soupçons si des villageois les voient trop proches, l'œuvre est terminée à trois heures passées. Les hommes sortent peu après de l'auberge où s'est tenu le conseil, dans un état d'excitation et d'ébriété évident. Le gendre de la vieille s'approche avant de pénétrer dans sa maison, le doigt tendu vers Alex.

 «  Veille bien sur elle monsieur Crocs, demain elle va beaucoup nous servir ! » Et il s'éloigne hilare. Compte sur moi, mon gars, compte sur moi, souffle Alex tout bas.


vendredi 25 janvier 2008, a 21:14
Mon texte, chapitre 4...
 


Dans la maison toute faite de pierres, la grand-mère est chaleureusement accueillie par ses petits enfants. Une fille aînée, d'une douzaine d'année, suivie de trois garçons allant de trois ans en trois ans. Alex est surpris par leur proche ressemblance à tous. De petits corps menus, prolongés d'un cou gracile, portant un visage allongé, illuminé de grands yeux noirs. La jeune fille installe sa grand-mère dans un fauteuil près de l'âtre puis installe leur invité à la table. Alex s'aperçoit alors qu'il était tant déterminé à amener la vieille femme dans sa famille, qu'il en a oublié de manger ses provisions. Etant donné l'heure et l'imprévision de la visite, la jeune fille s'excuse de n'avoir rien de prêt à lui offrir. Il lui répond que cela n'a pas d'importance et qu'il serait ravi qu'elle accepte simplement de lui faire réchauffer le contenu de sa besace, ce qu'elle s'empresse de faire.

 «  Vérane, comment va ta mère ? demande la vieille au bout d'un moment.

-          Elle a beaucoup de fièvre. Je lui ai donné une infusion pour qu'elle dorme tout à l'heure, elle n'a pas mis longtemps à s'assoupir.

-          Ton père est au courant ?

-          Oui, oui, mais il a dû quand même aller travailler, il sait que je veille sur elle.

-          Je sais bien ma petite, je sais bien. J'ai apporté les feuilles pour préparer le cataplasme pour la fièvre », l'informa-t-elle en tirant de sa poche un petit sac de toile rebondi.

Vérane les jette aussitôt dans de l'eau bouillante qu'elle tire de la marmite suspendue au-dessus du feu. Elle semble connaître les gestes par cœur, Alex devine que ce n'est pas la première fois que l'enfant assiste la grand-mère et d'ailleurs, aujourd'hui, les rôles paraissent plutôt inversés.

Malgré lui, Alex ne peut retenir un bâillement, qui ne passe pas inaperçu aux yeux de Vérane. Elle s'excuse de ne pas avoir pensé plutôt à lui proposer de se reposer, le voyage a dû être fatigant pour lui. Il lui répond, mi-gêné mi-taquin, qu'il n'avait pas imaginé qu'une vieille femme puisse être aussi lourde. Vérane sourit gentiment. Elle indique à ses frères les dispositions à prendre afin que leur invité puisse dormir dans l'un de leur lit. Aussitôt installé, Alex s'écroule sur les couvertures, cependant, le sommeil vient difficilement, il ne peut s'empêcher de songer à cette famille en se demandant comment il pourrait les aider. Morphée gagne finalement le combat.


Il est réveillé un moment plus tard par des gémissements et des murmures. Malgré son court sommeil, il sent ses forces revenues. Il se lève alors afin de s'enquérir de la santé de son hôtesse.

Vérane et sa grand-mère s'agitent autour du lit dans la petite chambre, à l'opposé de la sienne. De sa place, il ne voit que le bas du corps de la femme allongée et l'arrondi de son ventre qui tire sur les couvertures. Elle est secouée de frissons, et paraît divaguée. Les deux femmes lui parlent à voix basse, lui appliquent des cataplasmes et changent le linge de son front.

Alex sort pour fumer une cigarette. Du pas de la porte, il observe les trois jeunes garçons qui s'activent : le plus âgé tire de l'eau dans le puits, le cadet charge du bois sur une petite brouette, vaguement aidé par le benjamin.

Soudain, le village semble s'animer, on entend des voix, des pas, des sabots, beaucoup d'agitation, qui se dirige vers eux.

Il distingue alors quelque chose d'invraisemblable. Encerclée par de nombreux habitants, malmenée par des hommes qui la tienne attachée par des cordes autour de son cou, se débat une licorne ! Une vraie ? Il n'est pas sûr de lui. Il jette un coup d'œil aux enfants, qui visiblement l'ont remarquée aussi et se précipitent vers la foule, un regard rapide dans la maison, où les trois femmes sont encore dans la chambre, retour à l'incongru spectacle. Elle se cabre, tire de toutes ses forces sur les six cordes qui l'enserrent. Son poil est d'un blanc virginal et sa corne frontale est luisante. Il reste là, planté sur le pas de la porte. Il ne sait pas s'il doit avancer ou reculer, rester là ou les rejoindre. Voir cet être merveilleux dans une telle situation le bouleverse. Il a envie de leur crier de la lâcher, de lui ficher la paix. Il ne comprend pas pourquoi ces hommes l'ont capturée.

C'est la vieille, qui s'est glissée en silence sur son côté, qui apporte la réponse.

 « L'homme devant, c'est mon gendre.

-          Pourquoi ont-ils capturé cette licorne ?

-          Rah, c'est à cause d'une vieille légende. Il pense que sa corne réalise les vœux. Mon gendre espère que l'animal va pouvoir sauver sa femme. »

Alex est stupéfait. Cet homme n'a pas hésité à ôter la liberté à un être fabuleux, simplement afin de pouvoir sauver sa femme. Quel égoïsme !  Mais dans un sens aussi, quel courage ! Remarque, il n'y est pas allé seul, à en juger par les cinq autres hommes qui retiennent les cordes.


Arrivés devant la maison, ils se dirigent vers sa droite et y encordent la licorne à six pieux qu'ils enfoncent de tous côtés. Quand c'est fini, ils s'éloignent un peu et regardent leur travail d'un air très satisfait. Puis, le gendre de la vieille femme se tourne vers sa maison et prend ses fils dans ses bras, pendant que le reste du village se disperse. Seuls s'éternisent quelques enfants fascinés. Alex est aussi fasciné qu'eux. Il attend que tous se soient éloignés, qu'il ait pu saluer son hôte – qui lui a paru bourru – pour s'en approcher à son tour. Eugénie vole près de lui en marmonnant.

 «  C'est pas possible d'être aussi bête et méchant ! Enlevée une licorne de son environnement, quelle ignominie ! S'ils croient vraiment que c'est comme ça qu'elle va les aider, ils n'ont incontestablement rien compris !

-          Elle ne peut rien faire pour eux ?

-          Si. Mais, elle ne les aidera pas s'ils veulent la forcer à le faire.

-          Ah, bon !

-          Bien sûr, c'est la preuve qu'il ne la respecte pas !

-          Je suis tout à fait d'accord. Je suis ébranlé par cette attitude. Je comprends qu'il veuille sauver sa femme, mais il me semble qu'il ne peut pas à n'importe quel prix, ni au dépend d'autres êtres ! »

Il se tait, ils sont au niveau d'un des pieux. La licorne semble s'être un peu calmée, elle gratte la terre furieusement avec ses sabots, mais elle a cessé de hennir.

La chouette vole jusqu'à la tête de l'animal et entame de parler avec elle.

mardi 22 janvier 2008, a 10:49
mon texte, Chapitre 3...
 

3.

Lorsqu'Alex s'éveille le lendemain, le crépuscule s'étend déjà au travers du feuillage dense du Bois. Il ne comprend pas tout de suite où il est, il a l'impression de sortir d'un long rêve, quand il reconnaît la hutte. Ce n'est pas un rêve. Il entend Eugénie et Actos discuter devant la hutte, ils semblent être de vieux amis. Le parfum d'un ragoût vient taquiner ses narines et rappeler à son estomac qu'il n'a rien reçu depuis plusieurs heures.

Quand il sort de la hutte, la chouette quitte le bord de la marmite pour venir voler autour d'Alex.

 «  Voilà notre héros, ironise-t-elle, tu as bien dormi Alex ?

-          Oui, merci Eugénie », marmonne-t-il.

Il prend le gobelet d'eau qu'Actos lui tend, ainsi que la gamelle de ragoût fumant et odorant. Il avale le tout d'un trait. Il s'en étouffe presque. Actos rit et le ressert d'eau et de ragoût.

 « Ne te charge pas trop pour le voyage, le prévient Eugénie, sinon tu ne pourras plus avancer.

-          Mais j'ai besoin de prendre des forces, et puis je ne sais pas quand est-ce que je vais manger la prochaine fois ! »

Actos continue de rire. Il ne dit pas grand-chose en présence d'Alex, mais le jeune est persuadé de lui être sympathique. Pourquoi ? Il n'en est pas sûr. Peut-être dans la façon que le vieil homme a de le regarder, ou dans sa façon de rire franchement au lieu de ricaner désagréablement.

Ils finissent leur repas en silence, puis Actos donne quelques provisions à Alex.

 «  Le voyage peut être long », lui dit-il. Alex espère que ce ne sera pas le cas.

Il lui donne aussi des vêtements, car les siens – chemise en soie et pantalon en lin – ne sont pas faits pour un tel voyage, pouffe-t-il. Alex enfile donc un pantalon en daim, ainsi qu'une chemise grossièrement tissée de coton et une veste également en daim. Il accroche sa besace en bandoulière.

Lorsqu'ils se mettent en route, la nuit est déjà tout à fait installée et les étoiles brillent haut dans le ciel.

Ils marchent en silence. Eugénie vole quelques mètres devant. Parfois Alex la regarde, parfois il lève la tête vers les étoiles.

«  Ce que le ciel est clair ici, pense-t-il, et dire que chez moi, c'est toujours nuageux. »

Il se demande à quel point le Bois est magique. Après tout, il n'est pas très loin de chez lui, et pourtant tout ici lui semble différent. L'atmosphère est plus légère, l'air est frais mais la Lune est lumineuse. Il voit très bien son chemin. L'astre est doré, il ne l'a jamais vu ainsi, il imagine que c'est le Bois qui fait ça. Tout cet environnement semble fredonner une douce chanson de bonheur. Il se sent si bien ici, il a du mal à se souvenir des brimades dont il a toujours était victime dans ce lieu paisible. Il songe à ses parents et à Kitty, mais il n'a aucune peine : ils ne lui manquent pas. Il se sent enfin libéré ! Pas de réflexion sur sa lenteur, pas de remarque mesquine sur son air bêta ou sur son tic… Tiens, son tic, il ne s'est plus manifesté depuis un moment ! Certainement, se sent-il suffisamment apaisé ? Il inspire à pleins poumons. L'air est parfumé d'un mélange de parfums fleuris et herbacés. Il sourit béatement.

Soudain, plus loin sur le chemin de terre éclairé par la pleine de Lune, il distingue un silhouette.

Il sent alors son cœur s'emballer : quel monstre cela peut-il être ? L'attend-il depuis longtemps ? Un coup d'œil à Eugénie le rassure. La chouette a l'air intrigué mais pas apeuré. Il s'amuse de son empressement à imaginer un quelconque danger.

Il plisse les yeux pour mieux déterminer l'ombre qui se dandine devant eux. On dirait un être humain. Il semble peiné pour avancer. Prudemment, mais curieusement, il allonge le pas pour rattraper cet inconnu qui anime sa nuit.

La silhouette s'est arrêtée. Arrivé à sa hauteur, il découvre une vieille femme grelottante, fébrilement emmitouflée dans une vieille couverture de laine trouée par les mites. Visiblement, ce ne doit pas être une sorcière si elle ne peut pas se protéger des mites… La vieille femme lève des yeux surpris et interrogateur sur lui. Il entreprend de la rassurer et de se renseigner sur sa rencontre par la même occasion.

 «  Grand-mère, que faites-vous sur ce chemin en pleine nuit ? »

La forme grelottante baisse un moment la tête, comme si elle cherchait sa réponse et la relève un moment après.

 «  Je vais chez ma fille qui habite dans le prochain village.

-          Mais pourquoi de nuit ? Ne pouvait-elle pas venir elle-même ?

-          Non, elle est malade. Elle ne sait pas que je suis en route. Je l'ai senti pendant que je préparais ma soupe. J'ai toujours su quand ça n'allait pas pour elle. Alors je suis partie aussitôt. J'ai l'impression que cette fois c'est grave, elle attend son cinquième enfant. J'ai peur que ça se passe mal. En plus, elle m'a dit qu'il y avait eu une épidémie récemment dans le village. Elle est trop faible. »

Alex jette un coup d'œil à la route et voit plus loin une fourchette. Il demande à la vieille femme quelle route elle doit prendre. Elle lui indique le chemin de droite. Il se tourne alors vers Eugénie qui secoue la tête pour lui signifier qu'ils doivent prendre l'autre route.

Alex regarde un instant la fourchette puis se tourne brusquement vers la vieille.

 «  Bon, nous allons faire un détour. Je vais vous porter sur mon dos, vous devez vous reposer. »

Il espère aussi qu'ainsi le corps de la vieille se réchauffera un peu contre le sien. Il regarde Eugénie, il a déjà pris son envol. Il attache la couverture en la croisant sur sa poitrine de façon à ce qu'elle soutienne un peu la vieille femme et la couvre en même temps, telle une mère portant son enfant. Puis il reprend sa besace et se met en route.

 «  Vous avez un bel oiseau, lui souffle-t-elle à l'oreille.

-          Merci. Il y a peu de temps qu'elle m'accompagne, mais je dois avouer que je m'y suis déjà attaché » répond-il en souriant en regardant la chouette flotter devant eux.

Arrivé à la fourchette, il prend sans hésiter le chemin de droite. Il entend un petit ronflement dans ses oreilles. La vieille s'est endormie.

Ils cheminent ainsi jusqu'à l'aube. Le village leur apparaît alors au fond d'une petite vallée, illuminée par les premiers rayons du soleil.

Alex s'arrête un instant pour souffler et admirer le paysage. Le flan des montagnes est couvert de cultures diverses et les gens semblent déjà au travail. On entend des rires d'enfants et des aboiements. Il distingue en arrière une petite cascade qui semble venir alimenter les maisons.

 «  C'est beau, n'est-ce pas ? C'est là que je suis née.

-          Pourquoi n'y êtes-vous pas restée ?

-          J'ai rencontré mon mari.

-          Pourquoi votre fille y vit-elle alors ?

-          Elle a rencontré son mari », répond la vieille femme dans un petit rire.

Alex ne peut s'empêcher de rire aussi.

dimanche 20 janvier 2008, a 16:31
mon texte, Chapitre 2...
 

2.

Au bout d'un moment, Alex se dit que vu la distance parcourue, ils auraient dû avoir traversé la forêt depuis longtemps, il s'enquiert de cette question à son guide, qui vole quelques mètres devant lui.

 «  Ce Bois ne peut pas être traversé.

-          Comment ça ?

-          Je te l'ai dit, on entre dans cet endroit parce que l'on veut quelque chose, on en sort qu'une fois cette chose obtenue.

-          Et si on ne l'obtient pas ?

-          On n'en sort pas.

-          C'est gentil de me prévenir.

-          Tu y es entré de ton plein gré que je sache, dans ce Bois.

-          Oui, mais je ne savais pas que l'on pouvait ne pas en ressortir.

-          Menteur ! Tu sais comme tes semblables que le Bois est dangereux. »

Il fait la moue. Il doit reconnaître que sur ce point là, Eugénie a raison. Avec toutes les histoires qu'on lui a racontées, il devait bien se douter qu'il y avait un risque, il n'y a pas de fumée sans feu. De là à raconter des histoires au sujet de créatures ensorcelées… Quoique… Il lève la tête vers la chouette. Il peut difficilement douter désormais qu'Eugénie ait quelque chose de magique.

 «  Eugénie ?

-          Oui, Alex.

-          Il y en a beaucoup des chouettes comme toi, je veux dire, qui parlent ?

-          Non, je suis la seule. »

Il expire fortement.

 «  Ça te soulage ?

-          Un peu.

-          Nous voilà bien.

-          Dis, Eugénie ?

-          Quoi encore ?

-          C'est encore loin là où tu m'emmènes ?

-          Un peu, oui, alors économise ton souffle. »

Il marche paisiblement. Il a vite arrêté de courir quand il a vu que ça risquait d'être long. Il décide d'observer un peu mieux le curieux oiseau qui l'accompagne. Elle est aussi ronde qu'il est maigre, car même s'il a de grosses mains engourdies, il ne pèse certainement pas plus de 55 kilos, pour son mètre soixante-dix. Eugénie, n'est en fait pas très grande, mais c'est l'immense envergure de ses ailes qui la rend si spectaculaire. Elle flotte entre les branches avec une grande légèreté et une absolue habileté. Elle ne donne que très rarement des coups d'ailes, elle y est obligée quand il lui parle et qu'elle ralentit son rythme pour lui répondre. Son plumage sur les ailes est roux tacheté de chocolat, celui du ventre et de la tête est blanc, elle porte une espèce d'étoile brune en collier. Il se dit qu'elle ressemble un peu aux photos de chouettes effraies qu'il a vues dans un livre sur les oiseaux dans la bibliothèque de son père.

Ses parents, ils doivent être en train de le chercher. Peut-être à l'heure qu'il est ont-ils prévenu la police. D'ailleurs, quelle heure est-il ? Il est entré dans la forêt à minuit et il marche depuis plus d'une heure maintenant, sans compter le temps qu'a durée leur… discussion. Il a encore du mal à se dire qu'il ne rêve pas. Mais il a envie d'y croire désormais, croire qu'il va pouvoir changer, qu'il va devenir beau. Alors peut-être pourra-t-il troqué ses affreux cheveux couleur corbeau, contre ceux couleur des blés ? Ses yeux verts et vitreux contre de lumineux yeux turquoise ? Son petit corps malingre contre une musculature héroïque ? Il se voit déjà en Hercule, mi-homme, mi-dieu, défiant une terrible Hydre de Lerne ou l'indomptable Lion de Némée. !

Tout à ses pensées, il ne remarque pas qu'Eugénie s'est arrêtée, lui faisant face, et il manque de lui rentrer dedans.

 « Mais regarde où tu vas enfin !

-          Oh, pardon Eugénie, j'étais en train de rêver.

-          J'ai vu ça. Bon, nous sommes arrivés. »

Elle lui désigne de la tête une modeste cabane de paille qui s'appuie contre le tronc d'un énorme chêne blanc. Devant la hutte, un vieil homme remue le contenu d'une marmite. Il porte une longue barbe grise blanchissante. Merlin, Panoramix ? Alex se réjouit d'avance de cette rencontre. Il suit Eugénie qui reprend son vol vers l'homme, occupé à extirper quelque chose de son récipient en marmonnant, visiblement mécontent.

La chouette vient se poser sur le bord de la marmite. Le vieux n'a pas l'air surpris.

 «  Oh, ma bonne Eugénie, cela faisait bien longtemps que je ne t'avais point vue.

-          Moi aussi Actos, - pas Merlin ou Panoramix ? Alex est déçu - tu m'as manqué.

-          Alors, que nous amènes-tu aujourd'hui ? demande-t-il en se tournant vers Alex.

-          Un homme.

-          Ah, très bien. Et c'est pourquoi jeune …. ?

-          Euh, Alex, je m'appelle Alex. Je voudrais devenir beau.

-          Beau ? Actos éclate de rire. Beau ! Mais pourquoi voudrais-tu devenir beau ?

-          Parce que je suis laid ! »

Le vieil homme rit de plus belle, Alex sent la colère qui monte, que son tic s'intensifie, il aurait presque envie de grogner.

 «  Vous n'avez pas le droit de rire ! Ça ne se fait pas !

-          Tu as bien ri de mon nom, commenta Eugénie.

-          Ce n'est pas pareil. Un nom on peut en changer, contre la laideur on ne peut rien faire.

-          Alors, là, mon brave, on voit que tu n'as pas lu l'ouvrage d'Umberto Eco sur la laideur, toi.

-          Je ne vois pas pourquoi je l'aurais lu. La laideur c'est affreux, je ne me venterais pas d'en faire un livre ! »

Actos continue de rire. Alex se demande si c'est vraiment lui qui va pouvoir l'aider à changer, ou si ce n'est qu'un fou. Oh, mais peut-être est-ce là sa première épreuve ? Il oublie sa colère et devient plus attentif.

Le vieux se calme et se concentre sur son mélange. Il le questionne encore :

 «  Eugénie t'a prévenu des conditions ?

-          Des conditions ?

-          Oui, des épreuves.

-          Ah, oui, répond-il sûr de lui avec un sourire, pas de problème. »

Actos éclate à nouveau de rire. Il lui dit qu'il ne sait vraiment pas à quoi il doit s'attendre. Alex l'assure qu'il n'a pas peur, qu'il est déterminé, qu'il fera tout ce qu'il demandera si ça peut le faire devenir beau. Actos secoue la tête. Il semble vraiment être très amusé par le jeune homme.

 «  Très bien, tu commenceras donc par aller me chercher une racine dont j'ai besoin.

-          Une racine, s'écrit Alex offusqué, seulement une racine !

-          C'est une racine très rare. J'en ai besoin pour une préparation. Mais, si tu préfères déjà abandonner parce que tu penses que ce n'est pas assez bien pour toi…

-          Non, non, ce n'est pas ce que je voulais dire. Seulement, je m'attendais à… à plus dangereux.

-          Tu croyais avoir à combattre un dragon fabuleux ?

-          Oui, par exemple…

-          Je ne vois pas en quel honneur ! Tu veux devenir beau, pas courageux ! »

Alex baisse la tête en se sentant rougir. Cependant, il ne voit pas bien en quoi aller à la recherche de cette racine rare va le rendre beau. La préparation, bien sûr ! C'est la préparation qui doit le rendre beau !

 «  Alors que décides-tu ? C'est à prendre ou à laisser.

-          Oh, bon, je vais aller la chercher votre racine. Mais je ne connais pas le Bois, je vais certainement me perdre.

-          Eugénie vient avec toi, elle connaît le chemin.

-          Très bien. Alors, allons-y !

-          Ne sois pas si pressé, tu devrais te restaurer avant de partir. Et Eugénie aussi. Prendre du repos ne t'empêchera pas d'y arriver.

-          Oh, bon d'accord.

-          C'est entendu, vous partirez à la tombée de la nuit. Jusque-là, je t'offre l'hospitalité mon enfant.

-          A la tombée de la nuit ? Mais…

-          Eugénie dort la journée.

-          Voilà bien ma chance, moi qui suis presqu'aveugle la nuit.

-          Eugénie sera tes yeux.

-          Elle ne veut pas être mes pieds non plus ?

-          Alex, tu n'es pas obligé d'être désagréable, intervient la chouette, si tu y tiens tant que ça, tu n'as qu'à partir devant, je te rejoindrai.

-          Non, merci, ça ira. »

Il prend la gamelle que lui tend Actos et s'enivre du fumet qui s'en échappe. Il s'assied et savoure son repas.

Actos lui installe une couche de paille fraîche au fond de la hutte, avec une épaisse couverture. Epuisé par cette étonnante journée, il s'écroule rapidement.

vendredi 18 janvier 2008, a 19:18
Un petit texte de mon cru...
 

J'ai écris tout à l'heure à l'intention du Forum de Green Elven, cette petite introduction... Je me suis dit, que ça vous intéresserait peut-être aussi :s

Voilà donc les quelques lignes du jours, en premier jet, sorti directement des brûmes de mon cerveau... du brut de brut, comme moi ;)

Soyez francs et dites-le haut et fort si vous trouver ça... BOF (bon vous pouvez aussi dire que vous aimez hein :p)

Trève de parlotte. J'envoie la sauce!

1.

0h00. Minuit, l'heure où tout finit, le temps où tout commence. Il finit sa Leffe, se roule une cigarette et s'enfonce dans le Bois.

Jusqu'à maintenant, il n'avait jamais osé, durant toute son enfance, et encore maintenant d'ailleurs, on lui a asséné des préventions par rapport aux êtres malfaisants qui peuplent cet endroit. Sauf que ce soir, après son licenciement, son accident où il a embouti l'avant de sa voiture, et l'engueulade avec Kitty chez ses propres parents qui n'ont pas pris sa défense, ça lui fait trop, ça déborde, il a besoin de marcher, de solitude, et le Bois est le seul endroit où il ne risque pas de rencontrer qui que ce soit (connu de lui).

Alors, ce soir, à cette heure où tout peut arriver, il pénètre dans la forêt.

Il revoit son patron arriver sans bruit derrière lui afin de le faire sursauter, puis profiter de ce moment de stupeur pour lui dire de l'accompagner dans son bureau, et là, y enchaîner que son préavis est de trois mois ! Dans trois mois, il ne sera plus rien. Ce n'est pas que son emploi de maquettiste n'existe pas ailleurs, simplement, il sait qu'avec son retard moteur, les autres chefs d'entreprises vont hésiter à l'embaucher. Déjà, ils auront l'avantage que l'emploi qu'il réclame n'est pas un poste exposé à la clientèle, lui qui est si laid avec ce tic qui relève régulièrement sa lèvre supérieure comme s'il montrait les crocs. Une bête, voilà ce qu'il est ! Son ancien patron était un ami de son père, et le vieux journaliste n'avait pas hésité à prendre sous son aile ce petit gars chétif. Mais, comme pour tout homme, le temps a eu le dessus, la vieillesse a gagné sur l'obstination de vivre, et un soir il s'en est allé. C'est son fils qui a hérité du journal. Il n'a jamais pu supporter Alex, le bellâtre n'admet pas la laideur. Il l'a viré pour ne plus avoir à le croiser.

Il sent le vent qui caresse son visage, il l'entend faire chanter les feuilles et voit danser les nuages. Il tire sur sa cigarette. Kitty n'aime pas qu'il fume. Elle lui répète que c'est mauvais pour sa santé ! Sa santé…

Remarque, c'est vrai que ce soir, il aurait pu se retrouver vraiment en mauvaise santé, avec ce fichu accident ! Si elle ne l'avait pas appelé pendant qu'il roulait, en insistant pour qu'il réponde. Généralement, au bout de cinq sonneries sans réponse, elle abandonne, mais là, pas moyen de la faire raccrocher. Et comme elle devait tomber sur la boîte vocale, elle rappelait ! Finalement, il s'est penché pour chercher l'appareil téléphonique dans son sac, mais il est un peu malhabile, ses bras sont un peu gourds, il a dévié sans s'en rendre compte. Puis, des phares et un klaxon bruyant ! Il a donné un coup de volant violent sur la droite et s'est pris le parapet qui trônait là. Il a pesté un moment, a répondu au téléphone qui sonnait toujours, a découvert avec bonheur que la voiture voulait bien démarrer et est allé chez ses parents, qui habitaient à quelques kilomètres. Son père est allé chercher Kitty.

Une chouette le regarde de ses yeux inquisiteurs, pendant que la force du vent augmente avec la profondeur du Bois. Il se demande en souriant quels peuvent bien être ses êtres qui hantent le Bois et terrorisent les gens de la ville. Sa mère parle d'une sorcière enchanteresse et de son armée de créatures ensorcelées, son père d'une bête féroce et de ses petits, plus nombreux chaque année, Kitty d'une peuplade de trolls maléfiques, qui désirent envahir leur monde. Lui n'y voit qu'âmes égarées comme lui au gré de l'obscurité envoûtante. Il s'assied au pied d'un chêne blanc. Il sent le tapis de feuilles humides à travers le tissu de son pantalon.

Kitty. Il l'a rencontrée au journal. Son « gentil » patron l'avait prise comme stagiaire. Elle y est restée un an, le temps de se faire épouser. Cela fait dix ans qu'ils sont mariés maintenant. Elle est jolie, blonde aux reflets roux, toute ronde, les joues roses et fraîches. Les yeux marron avec quelques reflets dorés. Il sait qu'elle ne serait pas avec lui si elle n'avait pas été dans un fauteuil roulant. Entre handicapés, ils se comprennent bien, répète-t-elle souvent. C'est surtout, qu'elle a eu peur que personne ne veuille d'elle. Car, en plus de son handicap, elle est pénible, irascible, exigeante, capricieuse, à 34 ans, elle est toujours aussi soupe-au-lait.

Alors, bien sûr, ce soir elle lui a fait tout un foin pour la voiture ! Elle ne lui a pas demandé à un seul moment comment il allait lui ! Et elle a pris ses beaux-parents à témoins : son mari est un irresponsable ! Personne ne se souvenait évidemment que c'était pour répondre à madame qui l'appelait sur son portable avec insistance que ceci était arrivé…

La chouette l'a suivi. Comme si elle voulait le narguer ou le surveiller, elle s'est posée sur une branche juste au-dessus de sa tête et regarde fixement face à elle, comme si elle l'ignorait. Il sourit à cette idée. Il écrase son mégot sur une des feuilles humides et laisse tomber ses bras le long de son corps. Ses parents et Kitty doivent le chercher. Ils doivent fulminer d'être encore obligé de s'inquiéter pour lui. Mais ils ne leur demande rien, au contraire, ce serait bien s'ils acceptaient de lui ficher un peu la paix de temps en temps, au lieu de sans cesse lui donner des conseils qu'il a intérêt à suivre. Il entend gratter près de lui, il rouvre les yeux. La chouette est là, au sol, face à lui, elle le fixe à nouveau en s'approchant de plus belle.

Stupéfait, il a soudain la gorge sèche, hypnotisé, il reste immobile mais se colle sensiblement un peu plus à l'arbre. Elle semble bien plus grande tout à coup, la chouette. Elle s'est arrêtée et l'observe toujours, il déglutit difficilement et jette des regards furtifs de chaque côté d'eux : ils sont bel et bien seuls dans l'immensité et la densité de ce Bois. Mais pourquoi est-il venu là ? Surtout à une heure pareille ? On sait bien que c'est à cette heure que les deux mondes se rencontrent ! Pourquoi avoir tenté le Diable ? Il pouffe malgré lui. Qui parle de Diable ? Il a seulement une grosse (très grosse) chouette excessivement curieuse devant lui. Il esquisse un sourire plus grand dans l'espoir de se reprendre un peu, mais les deux nouveaux pas que la chouette fait à nouveau dans sa direction le paralysent tout à fait. Il ne s'entend même pas haleter, quand la chouette vient se jucher sur son genou. Il a envie de vomir. Une rafale balaie tout le Bois violemment, le glaçant et le faisant trembler. La chouette n'a pas bougé.

Il sent que sa lèvre supérieure reste figée dans une grimace menaçante. La chouette semble prendre une profonde inspiration.

 «  Que fais-tu là, homme ? »

Il ne peut pas empêcher sa mâchoire de tomber. La chouette lève les yeux au ciel, se balance d'une patte sur l'autre, ramène son regard vers lui.

 «  Eh, bien, pourquoi ne réponds-tu pas lorsque je t'interroge ?

-          Je, euh… Je voulais être seul.

-          Parce que tu crois être seul dans ce Bois ?

-          Hum, je ne pensais pas, hum, croiser un être intelligent. Et qui parle qui plus est. »

La chouette esquisse un sourire. Il semble se remettre assez vite de ses émotions.

«  Quel est ton nom, homme ?

-          Alex, mad… Hum, et vous ?

-          Eugénie. »

Il se mord la lèvre pour ne pas rire. Il se détend. Finalement, il est certainement assoupi au pied du chêne où il s'est assis et il est en train de rêver. La chouette n'a pas l'air si malfaisante que ça.

 «  Pourquoi ris-tu, Alex ?

-          C'est vous qui me faites rire.

-          Moi ? s'exclama-t-elle horrifiée. Tu oses te moquer de moi ?

-          Non, plutôt de votre nom. Mon esprit aurait pu trouver plus original, en même temps cela me paraît… normal. »

Il pouffe à nouveau.

«  Parce que tu crois que tu rêves ?

-          Evidemment, il n'existe aucune chouette qui parle.

-          Tu me sembles bien sûr de toi.

-          C'est tout naturel.

-          Je vais donc te prouver que tu ne rêves pas. »

Sur ce, la chouette écarte ses grandes ailes et prend son envol, pour venir se précipiter sur Alex. Elle lui picore le sommet du crâne.

« Aie, aie, aie. Mais, Aiiiieee ! Ça va pas la tête !

-          Tu crois toujours que tu dors.

-          Je ne sais pas.

-          Au moins je t'aurai mis le doute.

-          Bon, qu'est-ce que tu veux ?

-          Quoi ? Mais c'est à moi de te poser cette question ! C'est toi qui es venu chez moi que je sache ! »

Il reste coi. Il doit reconnaître qu'il n'avait jamais imaginé que le Bois puisse être l'habitation de… quelqu'un. Il se masse là où le volatile a planté son bec. Il se demande dans quel guêpier il s'est encore fourré.

Quand il était petit, il avait le don pour ça. Il attirait les ennuis comme un étron attire les mouches, dixit sa mère. Il se faisait tabasser, racketter, cracher dessus, ridiculiser… Bref, son handicap et son féroce tic faisaient de lui une tête de turque. Et quand ce n'était pas ses camarades ou ses professeurs qui lui rendaient la vie difficile, il le faisait tout seul. Une bouche d'égout tenait mal, il tombait dedans. Une chaise était cassée, il s'asseyait dessus. Son pantalon était neuf, il s'arrangeait pour le déchirer…

Sa mère avait décidé de le laisser aller en guenilles et de ne plus s'en inquiéter sans cesse. Car aussi frêle et peu dégourdi qu'il fût, il s'en tirait toujours bien.

La preuve en était encore l'accident de ce soir.

 

Eugénie, il se retient de sourire à nouveau à l'évocation de ce nom qu'il trouve vraiment ridicule, recommence à se tortiller sur son genou. Elle repose ses yeux inquisiteurs sur lui.

 «  Alors, que veux-tu ? questionne-t-elle à nouveau en soufflant par le bec.

-          Mais, euh… rien.

-          Comment ! Tu viens me déranger pour rien ?

-          Je ne savais pas qu'il fallait vouloir quelque chose pour entrer dans ce Bois !

-          On y entre toujours pour ça ! Certains veulent à manger, d'autres la Gloire, d'autres encore la Richesse, certains une belle femme…

-          Et l'obtiennent-ils ?

-          Parfois.

-          C'est toi qui le leur donne ?

-          Non, ils le gagnent tout seul !

-          Alors pourquoi devrais-je te dire ce que je veux ?

-          Parce que c'est par moi que tu peux le gagner.

-          Tu es un genre de Sphinx, c'est ça ? »

Eugénie lève à nouveau les yeux au ciel. Que l'esprit des hommes est excentrique !

 «  Si tu veux. Alors ?

-          Alors quoi ?

-          Mais que veux-tu bon-sang ?

-          Ah, mais laisse-moi réfléchir, à la fin ! »

Il se frotte vigoureusement le visage, pour être certain une dernière fois qu'il ne dort pas, se masse une fois de plus le haut du crâne et expire profondément.

 «  Je peux tout te demander ? Vraiment tout ?

-          Oui, je te dis.

-          Je voudrais changer.

-          Comment ça changer ?

-          Être beau.

-          La beauté n'est pas une chose aisée à obtenir.

-          Certains naissent avec !

-          Ceux-là ne le restent pas longtemps, sois-en certain !

-          Alors, je peux changer ? Tu peux le faire ?

-          Je t'ai dit que moi je pouvais te permettre de la gagner.

-          Ah, c'est possible alors. »

Il se met debout dans un bond et attrape la chouette entre ses deux grosses mains et la place à la hauteur de son visage.

 «  Dis-moi comment je peux la gagner !

-          Ah, mais ce n'est pas si facile, il y a des épreuves à franchir, des choses à prouver…

-          Des épreuves ! Comme pour les héros ! Alors dis-moi !

-          Bon, bon, très bien. Suis-moi. »

Eugénie s'échappe de son emprise et vole rapidement vers les profondeurs du Bois. Alex la suit en courant, il rit.


Présentation
Lorelei22

Bonjour à toutes et à tous!

Ici, je vais vous parler des mes lectures (romans, BD, manga), et peut-être de certaines choses qui composent ma vie, de mes coups de coeur, de mes coups de gueule...

Quand je me sentirais un peu plus en confiance et que j'aurais mieux apprivoiser le terrain, je vous raconterais de belles histoires, ou tout du moins, j'essaierais...

Je voudrais que ce blog soit un lieu où la créativité a son champ d'honneur, où l'imagination est reine, où la fantaisie gouverne...
Je vais pour cela vous présenter des hommes et des femmes qui y participent, qui font de leurs vies un monde de chimères (des acteurs, des chanteurs, des écrivains, des dessinateurs...)

Je vous invite à partager tout ça avec moi.




Pourquoi Des lettres et des bulles?
Certains se demanderont pourquoi intituler un blog de la sorte, ou pourquoi choisir de traiter de tels sujets dans un blog, d'autres encore (comme moi au départ) ne voient pas l'utilité de faire un blog.

Alors, voilà. Je pense que le plus simple serait que je vous conte la petite histoire qui m'a amenée jusqu'au jour présent afin de créer ce blog.

Je suis une jeune fille de 22 ans qui s'est retrouvée longuement en arrêt de travail pour une hernie discale que trop imposante. J'étais jusque -à vendeuse en librairie (ah on perçoit un semblant d'explication) et j'ai été licenciée.

Durant mon immobilité, j'ai beaucoup lu et ces jours derniers je me suis dit qu'il serait dommage que toutes ces lectures soient perdues, aussi me suis-je demandée comment les mettre à profit?

La réponses est venue de mon élève (eh oui, je fais un peu de black...) qui m'a annoncé avoir créer un blog en me demandant d'y mettre des commentaires.

En y jetant un coup d'oeil et en réalisant la facilité avec laquelle on pouvait y mettre des tas de choses, j'ai pensé que je pourrais en faire autant.

Je me suis donc lancée dans la réalisation d'un blog, puis d'un second...

J'espère réussir à animer ce blog (avec votre aide) et à vous faire partager mes passions.

Au plaisir.

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commentaire(s)
La Lorelei, sirène mélancolique et légendaire LORELEI (16/10/2009 21:58)

je m'apelle lor...

Quand Lorelei22 devient Tina Credelzea!!! bibli (14/10/2009 19:53)

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Angel Heart et Zetman, encore et toujours!! Lorelei22 (23/09/2009 20:50)

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