| dimanche 04 octobre 2009, a 09:12 |
| Quand Lorelei22 devient Tina Credelzea!!! |
Ca y est, je me suis enfin décidé à me lancer sur le WEB en tant que réel écrivain amateur qui fera tout pour être édité un jour...
En attendant (ce jour... comme dirait Jacky), j'ai décidé de mettre en ligne mes textes sur un nouveau blog qui ne sera destiné qu'à Tina.
Amateurs et amatrices, je vous invite donc à me rejoindre désormais ici : http://tinac.blog.mongenie.com/
Mais Lorelei22 continue de lire et de critiquer :D alors ne désertez tout de même pas "Des Lettres et des Bulles" totalement !!!
Au plaisir!!!
|
|
| samedi 03 octobre 2009, a 09:28 |
| La morsure du vampire !!! |
Alors que "Twilight" n'était pas encore sorti (ni "Révélation", le tome 4, non plus d'ailleurs) j'avais déjà été mordu par cette série. Hors, regardant aussi massivement des films, ont fini par sortir de l'antre de mes méninges des créatures démoniaques... Egalement infecté par ce virus qui s'épand de plus en plus, je n'ai pas pu m'empêcher de lire et lire encore, afin de nourrir et de faire grandir mes "personnages". Je crois que la plus vénéneuse a été celle de Dan SIMMONS avec "Les fils des Ténèbres", une découverte draculéenne et vampirique insoupçonnable!!
Mais, je regrette de ne pas sentir aussi violemment la morsure de ce cher Jacob, loup-garou/lycanthrope (version Underworld), mais ça viendra peut-être après les aventures de mes stryges (déchues) actuelles :p
|
|
| mercredi 16 avril 2008, a 15:56 |
| Dans le Bois, chapitre 1 |
1.
0h00.
Minuit, l'heure où tout finit, le temps où tout commence. Il finit sa Leffe, se
roule une cigarette et s'enfonce dans le Bois.
Jusqu'à
maintenant, il n'avait jamais osé, durant toute son enfance, et encore
maintenant d'ailleurs, on lui a asséné des préventions par rapport aux êtres
malfaisants qui peuplent cet endroit. Sauf que ce soir, après son licenciement,
son accident où il a embouti l'avant de sa voiture, et l'engueulade avec Kitty
chez ses propres parents qui n'ont pas pris sa défense, ça lui fait trop, ça
déborde, il a besoin de marcher, de solitude, et le Bois est le seul endroit où
il ne risque pas de rencontrer qui que ce soit (connu de lui).
Alors,
ce soir, à cette heure où tout peut arriver, il pénètre dans la forêt.
Il
revoit son patron arriver sans bruit derrière lui afin de le faire sursauter,
puis profiter de ce moment de stupeur pour lui dire de l'accompagner dans son
bureau, et là, y enchaîner que son préavis est de trois mois ! Dans trois
mois, il ne sera plus rien. Ce n'est pas que son emploi de maquettiste n'existe
pas ailleurs, simplement, il sait qu'avec son retard moteur, les autres chefs
d'entreprises vont hésiter à l'embaucher. Déjà, ils auront l'avantage que
l'emploi qu'il réclame n'est pas un poste exposé à la clientèle, lui qui est si
laid avec ce tic qui relève régulièrement sa lèvre supérieure comme s'il
montrait les crocs. Une bête, voilà ce qu'il est ! Son ancien patron était
un ami de son père, et le vieux journaliste n'avait pas hésité à prendre sous
son aile ce petit gars chétif. Mais, comme pour tout homme, le temps a eu le
dessus, la vieillesse a gagné sur l'obstination de vivre, et un soir il s'en
est allé. C'est son fils qui a hérité du journal. Il n'a jamais pu supporter Alex,
le bellâtre n'admet pas la laideur. Il l'a viré pour ne plus avoir à le
croiser.
Il
sent le vent qui caresse son visage, il l'entend faire chanter les feuilles et
voit danser les nuages. Il tire sur sa cigarette. Kitty n'aime pas qu'il fume.
Elle lui répète que c'est mauvais pour sa santé ! Sa santé…
Remarque,
c'est vrai que ce soir, il aurait pu se retrouver vraiment en mauvaise santé,
avec ce fichu accident ! Si elle ne l'avait pas appelé pendant qu'il
roulait, en insistant pour qu'il réponde. Généralement, au bout de cinq
sonneries sans réponse, elle abandonne, mais là, pas moyen de la faire
raccrocher. Et comme elle devait tomber sur la boîte vocale, elle
rappelait ! Finalement, il s'est penché pour chercher l'appareil
téléphonique dans son sac, mais il est un peu malhabile, ses bras sont un peu
gourds, il a dévié sans s'en rendre compte. Puis, des phares et un klaxon
bruyant ! Il a donné un coup de volant violent sur la droite et s'est pris
le parapet qui trônait là. Il a pesté un moment, a répondu au téléphone qui
sonnait toujours, a découvert avec bonheur que la voiture voulait bien démarrer
et est allé chez ses parents, qui habitaient à quelques kilomètres. Son père
est allé chercher Kitty.
Une
chouette le regarde de ses yeux inquisiteurs, pendant que la force du vent
augmente avec la profondeur du Bois. Il se demande en souriant quels peuvent
bien être ses êtres qui hantent le Bois et terrorisent les gens de la ville. Sa
mère parle d'une sorcière enchanteresse et de son armée de créatures
ensorcelées, son père d'une bête féroce et de ses petits, plus nombreux chaque
année, Kitty d'une peuplade de trolls maléfiques, qui désirent envahir leur
monde. Lui n'y voit qu'âmes égarées comme lui au gré de l'obscurité envoûtante.
Il s'assied au pied d'un chêne blanc. Il sent le tapis de feuilles humides à
travers le tissu de son pantalon.
Kitty.
Il l'a rencontrée au journal. Son « gentil » patron l'avait prise
comme stagiaire. Elle y est restée un an, le temps de se faire épouser. Cela
fait dix ans qu'ils sont mariés maintenant. Elle est jolie, blonde aux reflets
roux, toute ronde, les joues roses et fraîches. Les yeux marron avec quelques
reflets dorés. Il sait qu'elle ne serait pas avec lui si elle n'avait pas été
dans un fauteuil roulant. Entre handicapés, ils se comprennent bien,
répète-t-elle souvent. C'est surtout, qu'elle a eu peur que personne ne veuille
d'elle. Car, en plus de son handicap, elle est pénible, irascible, exigeante,
capricieuse, à 34 ans, elle est toujours aussi soupe-au-lait.
Alors,
bien sûr, ce soir elle lui a fait tout un foin pour la voiture ! Elle ne
lui a pas demandé à un seul moment comment il allait lui ! Et elle a pris
ses beaux-parents à témoins : son mari est un irresponsable !
Personne ne se souvenait évidemment que c'était pour répondre à madame qui
l'appelait sur son portable avec insistance que ceci était arrivé…
La chouette l'a suivi. Comme si elle voulait
le narguer ou le surveiller, elle s'est posée sur une branche juste au-dessus
de sa tête et regarde fixement face à elle, comme si elle l'ignorait. Il sourit
à cette idée. Il écrase son mégot sur une des feuilles humides et laisse tomber
ses bras le long de son corps. Ses parents et Kitty doivent le chercher. Ils
doivent fulminer d'être encore obligé de s'inquiéter pour lui. Mais ils ne leur
demande rien, au contraire, ce serait bien s'ils acceptaient de lui ficher un
peu la paix de temps en temps, au lieu de sans cesse lui donner des conseils
qu'il a intérêt à suivre. Il entend gratter près de lui, il rouvre les yeux. La
chouette est là, au sol, face à lui, elle le fixe à nouveau en s'approchant de
plus belle.
Stupéfait,
il a soudain la gorge sèche, hypnotisé, il reste immobile mais se colle
sensiblement un peu plus à l'arbre. Elle semble bien plus grande tout à coup,
la chouette. Elle s'est arrêtée et l'observe toujours, il déglutit
difficilement et jette des regards furtifs de chaque côté d'eux : ils sont
bel et bien seuls dans l'immensité et la densité de ce Bois. Mais pourquoi
est-il venu là ? Surtout à une heure pareille ? On sait bien que c'est
à cette heure que les deux mondes se rencontrent ! Pourquoi avoir tenté le
Diable ? Il pouffe malgré lui. Qui parle de Diable ? Il a seulement
une grosse (très grosse) chouette excessivement curieuse devant lui. Il
esquisse un sourire plus grand dans l'espoir de se reprendre un peu, mais les
deux nouveaux pas que la chouette fait à nouveau dans sa direction le
paralysent tout à fait. Il ne s'entend même pas haleter, quand la chouette
vient se jucher sur son genou. Il a envie de vomir. Une rafale balaie tout le Bois
violemment, le glaçant et le faisant trembler. La chouette n'a pas bougé.
Il
sent que sa lèvre supérieure reste figée dans une grimace menaçante. La
chouette semble prendre une profonde inspiration.
« Que fais-tu là, homme ? »
Il
ne peut pas empêcher sa mâchoire de tomber. La chouette lève les yeux au ciel,
se balance d'une patte sur l'autre, ramène son regard vers lui.
« Eh, bien, pourquoi ne réponds-tu pas
lorsque je t'interroge ?
-
Je,
euh… Je voulais être seul.
-
Parce
que tu crois être seul dans ce Bois ?
-
Hum, je
ne pensais pas, hum, croiser un être intelligent. Et qui parle qui plus
est. »
La chouette esquisse un sourire. Il semble
se remettre assez vite de ses émotions.
« Quel est ton nom, homme ?
-
Alex,
mad… Hum, et vous ?
-
Eugénie. »
Il
se mord la lèvre pour ne pas rire. Il se détend. Finalement, il est
certainement assoupi au pied du chêne où il s'est assis et il est en train de
rêver. La chouette n'a pas l'air si malfaisante que ça.
« Pourquoi ris-tu, Alex ?
-
C'est
vous qui me faites rire.
-
Moi ?
s'exclama-t-elle horrifiée. Tu oses te moquer de moi ?
-
Non,
plutôt de votre nom. Mon esprit aurait pu trouver plus original, en même temps
cela me paraît… normal. »
Il
pouffe à nouveau.
«
Parce que tu crois que tu rêves ?
-
Evidemment,
il n'existe aucune chouette qui parle.
-
Tu me
sembles bien sûr de toi.
-
C'est
tout naturel.
-
Je vais
donc te prouver que tu ne rêves pas. »
Sur
ce, la chouette écarte ses grandes ailes et prend son envol, pour venir se
précipiter sur Alex. Elle lui picore le sommet du crâne.
« Aie,
aie, aie. Mais, Aiiiieee ! Ça va pas la tête !
-
Tu
crois toujours que tu dors.
-
Je ne
sais pas.
-
Au
moins je t'aurai mis le doute.
-
Bon,
qu'est-ce que tu veux ?
-
Quoi ?
Mais c'est à moi de te poser cette question ! C'est toi qui es venu chez
moi que je sache ! »
Il
reste coi. Il doit reconnaître qu'il n'avait jamais imaginé que le Bois puisse
être l'habitation de… quelqu'un. Il se masse là où le volatile a planté son
bec. Il se demande dans quel guêpier il s'est encore fourré.
Quand il était petit, il avait le don pour
ça. Il attirait les ennuis comme un étron
attire les mouches, dixit sa mère. Il se faisait tabasser, racketter,
cracher dessus, ridiculiser… Bref, son handicap et son féroce tic faisaient de
lui une tête de turque. Et quand ce n'était pas ses camarades ou ses
professeurs qui lui rendaient la vie difficile, il le faisait tout seul. Une
bouche d'égout tenait mal, il tombait dedans. Une chaise était cassée, il
s'asseyait dessus. Son pantalon était neuf, il s'arrangeait pour le déchirer…
Sa
mère avait décidé de le laisser aller en guenilles et de ne plus s'en inquiéter
sans cesse. Car aussi frêle et peu dégourdi qu'il fût, il s'en tirait toujours
bien.
La
preuve en était encore l'accident de ce soir.
Eugénie,
il se retient de sourire à nouveau à l'évocation de ce nom qu'il trouve
vraiment ridicule, recommence à se tortiller sur son genou. Elle repose ses
yeux inquisiteurs sur lui.
« Alors, que veux-tu ? questionne-t-elle
à nouveau en soufflant par le bec.
-
Mais,
euh… rien.
-
Comment !
Tu viens me déranger pour rien ?
-
Je ne
savais pas qu'il fallait vouloir quelque chose pour entrer dans ce Bois !
-
On y
entre toujours pour ça ! Certains veulent à manger, d'autres la Gloire, d'autres encore la Richesse, certains une
belle femme…
-
Et
l'obtiennent-ils ?
-
Parfois.
-
C'est
toi qui le leur donne ?
-
Non,
ils le gagnent tout seul !
-
Alors
pourquoi devrais-je te dire ce que je veux ?
-
Parce
que c'est par moi que tu peux le gagner.
-
Tu es
un genre de Sphinx, c'est ça ? »
Eugénie
lève à nouveau les yeux au ciel. Que l'esprit des hommes est excentrique !
« Si tu veux. Alors ?
-
Alors
quoi ?
-
Mais
que veux-tu bon-sang ?
-
Ah,
mais laisse-moi réfléchir, à la fin ! »
Il
se frotte vigoureusement le visage, pour être certain une dernière fois qu'il
ne dort pas, se masse une fois de plus le haut du crâne et expire profondément.
« Je peux tout te demander ?
Vraiment tout ?
-
Oui, je
te dis.
-
Je
voudrais changer.
-
Comment
ça changer ?
-
Être
beau.
-
La
beauté n'est pas une chose aisée à obtenir.
-
Certains
naissent avec !
-
Ceux-là
ne le restent pas longtemps, sois-en certain !
-
Alors,
je peux changer ? Tu peux le faire ?
-
Je t'ai
dit que moi je pouvais te permettre de la gagner.
-
Ah,
c'est possible alors. »
Il
se met debout dans un bond et attrape la chouette entre ses deux grosses mains
et la place à la hauteur de son visage.
« Dis-moi comment je peux la gagner !
-
Ah,
mais ce n'est pas si facile, il y a des épreuves à franchir, des choses à
prouver…
-
Des
épreuves ! Comme pour les héros ! Alors dis-moi !
-
Bon,
bon, très bien. Suis-moi. »
Eugénie
s'échappe de son emprise et vole rapidement vers les profondeurs du Bois. Alex
la suit en courant, il rit. |
|
| mercredi 16 avril 2008, a 15:55 |
| Dans le Bois, chapitre 2 |
2.
Au
bout d'un moment, Alex se dit que vu la distance parcourue, ils auraient dû
avoir traversé la forêt depuis longtemps, il s'enquiert de cette question à son
guide, qui vole quelques mètres devant lui.
« Ce Bois ne peut pas être traversé.
-
Comment
ça ?
-
Je te
l'ai dit, on entre dans cet endroit parce que l'on veut quelque chose, on en
sort qu'une fois cette chose obtenue.
-
Et si
on ne l'obtient pas ?
-
On n'en
sort pas.
-
C'est
gentil de me prévenir.
-
Tu y es
entré de ton plein gré que je sache, dans ce Bois.
-
Oui,
mais je ne savais pas que l'on pouvait ne pas en ressortir.
-
Menteur !
Tu sais comme tes semblables que le Bois est dangereux. »
Il
fait la moue. Il doit reconnaître que sur ce point là, Eugénie a raison. Avec
toutes les histoires qu'on lui a racontées, il devait bien se douter qu'il y avait
un risque, il n'y a pas de fumée sans feu. De là à raconter des histoires au
sujet de créatures ensorcelées… Quoique… Il lève la tête vers la chouette. Il
peut difficilement douter désormais qu'Eugénie ait quelque chose de magique.
« Eugénie ?
-
Oui,
Alex.
-
Il y en
a beaucoup des chouettes comme toi, je veux dire, qui parlent ?
-
Non, je
suis la seule. »
Il expire fortement.
« Ça te soulage ?
-
Un peu.
-
Nous
voilà bien.
-
Dis,
Eugénie ?
-
Quoi
encore ?
-
C'est
encore loin là où tu m'emmènes ?
-
Un peu,
oui, alors économise ton souffle. »
Il marche paisiblement. Il a vite arrêté de
courir quand il a vu que ça risquait d'être long. Il décide d'observer un peu
mieux le curieux oiseau qui l'accompagne. Elle est aussi ronde qu'il est
maigre, car même s'il a de grosses mains engourdies, il ne pèse certainement
pas plus de 55 kilos, pour son mètre soixante-dix. Eugénie, n'est en fait pas
très grande, mais c'est l'immense envergure de ses ailes qui la rend si
spectaculaire. Elle flotte entre les branches avec une grande légèreté et une
absolue habileté. Elle ne donne que très rarement des coups d'ailes, elle y est
obligée quand il lui parle et qu'elle ralentit son rythme pour lui répondre.
Son plumage sur les ailes est roux tacheté de chocolat, celui du ventre et de
la tête est blanc, elle porte une espèce d'étoile brune en collier. Il se dit
qu'elle ressemble un peu aux photos de chouettes effraies qu'il a vues dans un
livre sur les oiseaux dans la bibliothèque de son père.
Ses parents, ils doivent être en train de le
chercher. Peut-être à l'heure qu'il est ont-ils prévenu la police. D'ailleurs,
quelle heure est-il ? Il est entré dans la forêt à minuit et il marche
depuis plus d'une heure maintenant, sans compter le temps qu'a duré leur…
discussion. Il a encore du mal à se dire qu'il ne rêve pas. Mais il a envie d'y
croire désormais, croire qu'il va pouvoir changer, qu'il va devenir beau. Alors
peut-être pourra-t-il troqué ses affreux cheveux couleur corbeau, contre ceux
couleur des blés ? Ses yeux verts et vitreux contre de lumineux yeux
turquoise ? Son petit corps malingre contre une musculature
héroïque ? Il se voit déjà en Hercule, mi-homme, mi-dieu, défiant une
terrible Hydre de Lerne ou l'indomptable Lion de Némée. !
Tout
à ses pensées, il ne remarque pas qu'Eugénie s'est arrêtée, lui faisant face,
et il manque de lui rentrer dedans.
« Mais regarde où tu vas enfin !
-
Oh,
pardon Eugénie, j'étais en train de rêver.
-
J'ai vu
ça. Bon, nous sommes arrivés. »
Elle
lui désigne de la tête une modeste cabane de paille qui s'appuie contre le
tronc d'un énorme chêne blanc. Devant la hutte, un vieil homme remue le contenu
d'une marmite. Il porte une longue barbe grise blanchissante. Merlin, Panoramix ? Alex se réjouit
d'avance de cette rencontre. Il suit Eugénie qui reprend son vol vers l'homme,
occupé à extirper quelque chose de son récipient en marmonnant, visiblement
mécontent.
La
chouette vient se poser sur le bord de la marmite. Le vieux n'a pas l'air
surpris.
« Oh, ma bonne Eugénie, cela faisait
bien longtemps que je ne t'avais point vue.
-
Moi
aussi Actos, - pas Merlin ou Panoramix ? Alex est déçu - tu m'as manqué.
-
Alors,
que nous amènes-tu aujourd'hui ? demande-t-il en se tournant vers Alex.
-
Un
homme.
-
Ah,
très bien. Et c'est pourquoi jeune …. ?
-
Euh,
Alex, je m'appelle Alex. Je voudrais devenir beau.
-
Beau ?
Actos éclate de rire. Beau ! Mais pourquoi voudrais-tu devenir beau ?
-
Parce
que je suis laid ! »
Le
vieil homme rit de plus belle, Alex sent la colère qui monte, que son tic
s'intensifie, il aurait presque envie de grogner.
« Vous n'avez pas le droit de
rire ! Ça ne se fait pas !
-
Tu as
bien ri de mon nom, commenta Eugénie.
-
Ce
n'est pas pareil. Un nom on peut en changer, contre la laideur on ne peut rien
faire.
-
Alors,
là, mon brave, on voit que tu n'as pas lu l'ouvrage d'Umberto Eco sur la
laideur, toi.
-
Je ne
vois pas pourquoi je l'aurais lu. La laideur c'est affreux, je ne me venterais
pas d'en faire un livre ! »
Actos
continue de rire. Alex se demande si c'est vraiment lui qui va pouvoir l'aider
à changer, ou si ce n'est qu'un fou. Oh, mais peut-être est-ce là sa première
épreuve ? Il oublie sa colère et devient plus attentif.
Le
vieux se calme et se concentre sur son mélange. Il le questionne encore :
« Eugénie t'a prévenu des
conditions ?
-
Des
conditions ?
-
Oui,
des épreuves.
-
Ah,
oui, répond-il sûr de lui avec un sourire, pas de problème. »
Actos
éclate à nouveau de rire. Il lui dit qu'il ne sait vraiment pas à quoi il doit
s'attendre. Alex l'assure qu'il n'a pas peur, qu'il est déterminé, qu'il fera
tout ce qu'il demandera si ça peut le faire devenir beau. Actos secoue la tête,
un sourire lui fendant le visage. Il semble vraiment être très amusé par le
jeune homme.
« Très bien, tu commenceras donc par
aller me chercher une racine dont j'ai besoin.
-
Une
racine, s'écrit Alex offusqué, seulement une racine !
-
C'est
une racine très rare. J'en ai besoin pour une préparation. Mais, si tu préfères
déjà abandonner parce que tu penses que ce n'est pas assez bien pour toi…
-
Non,
non, ce n'est pas ce que je voulais dire. Seulement, je m'attendais à… à plus
dangereux.
-
Tu
croyais avoir à combattre un dragon fabuleux ?
-
Oui,
par exemple…
-
Je ne
vois pas en quel honneur ! Tu veux devenir beau, pas
courageux ! »
Alex
baisse la tête en se sentant rougir. Cependant, il ne voit pas bien en quoi
aller à la recherche de cette racine rare va le rendre beau. La préparation,
bien sûr ! C'est la préparation qui doit le rendre beau !
« Alors que décides-tu ? C'est à
prendre ou à laisser.
-
Oh, bon,
je vais aller la chercher votre racine. Mais je ne connais pas le Bois, je vais
certainement me perdre.
-
Eugénie
vient avec toi, elle connaît le chemin.
-
Très
bien. Alors, allons-y !
-
Ne sois
pas si pressé, tu devrais te restaurer avant de partir. Et Eugénie aussi.
Prendre du repos ne t'empêchera pas d'y arriver.
-
Oh, bon
d'accord.
-
C'est
entendu, vous partirez à la tombée de la nuit. Jusque-là, je t'offre
l'hospitalité mon enfant.
-
A la
tombée de la nuit ? Mais…
-
Eugénie
dort la journée.
-
Voilà
bien ma chance, moi qui suis presqu'aveugle la nuit.
-
Eugénie
sera tes yeux.
-
Elle ne
veut pas être mes pieds non plus ?
-
Alex,
tu n'es pas obligé d'être désagréable, intervient la chouette, si tu y tiens tant
que ça, tu n'as qu'à partir devant, je te rejoindrai.
-
Non,
merci, ça ira. »
Il
prend la gamelle que lui tend Actos et s'enivre du fumet qui s'en échappe. Il
s'assied et savoure son repas.
Actos
lui installe une couche de paille fraîche au fond de la hutte, avec une épaisse
couverture. Epuisé par cette étonnante journée, il s'écroule rapidement. |
|
| mercredi 16 avril 2008, a 15:53 |
| Dans le Bois, chapitre 3 |
3.
Lorsqu'Alex
s'éveille le lendemain, le crépuscule s'étend déjà au travers du feuillage dense
du Bois. Il ne comprend pas tout de suite où il est, il a l'impression de
sortir d'un long rêve, quand il reconnaît la hutte. Ce n'est pas un rêve. Il
entend Eugénie et Actos discuter devant la hutte, ils semblent être de vieux
amis. Le parfum d'un ragoût vient taquiner ses narines et rappeler à son
estomac qu'il n'a rien reçu depuis plusieurs heures.
Quand
il sort de la hutte, la chouette quitte le bord de la marmite pour venir voler
autour d'Alex.
« Voilà notre héros, ironise-t-elle, tu as bien dormi Alex ?
-
Oui,
merci Eugénie », marmonne-t-il.
Il
prend le gobelet d'eau qu'Actos lui tend, ainsi que la gamelle de ragoût fumant
et odorant. Il avale le tout d'un trait. Il s'en étouffe presque. Actos rit et
le ressert d'eau et de ragoût.
« Ne te charge pas trop pour le voyage,
le prévient Eugénie, sinon tu ne pourras plus avancer.
-
Mais
j'ai besoin de prendre des forces, et puis je ne sais pas quand est-ce que je
vais manger la prochaine fois ! »
Actos
continue de rire. Il ne dit pas grand-chose en présence d'Alex, mais le jeune
est persuadé de lui être sympathique. Pourquoi ? Il n'en est pas sûr.
Peut-être dans la façon que le vieil homme a de le regarder, ou dans sa façon
de rire franchement au lieu de ricaner désagréablement.
Ils
finissent leur repas en silence, puis Actos donne quelques provisions à Alex.
« Le voyage peut être long », lui
dit-il. Alex espère que ce ne sera pas le cas.
Il
lui donne aussi des vêtements, car les siens – chemise en soie et pantalon en
lin – ne sont pas faits pour un tel voyage, pouffe-t-il. Alex enfile donc un
pantalon en daim, ainsi qu'une chemise grossièrement tissée de coton et une
veste également en daim. Il accroche sa besace en bandoulière.
Lorsqu'ils se mettent en route, la nuit est
déjà tout à fait installée et les étoiles brillent haut dans le ciel.
Ils
marchent en silence. Eugénie vole quelques mètres devant. Parfois Alex la
regarde, parfois il lève la tête vers les étoiles.
«
Ce que le ciel est clair ici, pense-t-il, et dire que chez moi, c'est toujours
nuageux. »
Il
se demande à quel point le Bois est magique. Après tout, il n'est pas très loin
de chez lui, et pourtant tout ici lui semble différent. L'atmosphère est plus
légère, l'air est frais mais la
Lune est lumineuse. Il voit très bien son chemin. L'astre est
doré, il ne l'a jamais vu ainsi, il imagine que c'est le Bois qui fait ça. Tout
cet environnement semble fredonner une douce chanson de bonheur. Il se sent si
bien ici, il a du mal à se souvenir des brimades dont il a toujours était
victime dans ce lieu paisible. Il songe à ses parents et à Kitty, mais il n'a
aucune peine : ils ne lui manquent pas. Il se sent enfin libéré ! Pas
de réflexion sur sa lenteur, pas de remarque mesquine sur son air bêta ou sur
son tic… Tiens, son tic, il ne s'est plus manifesté depuis un moment !
Certainement, se sent-il suffisamment apaisé ? Il inspire à pleins
poumons. L'air est parfumé d'un mélange de effluves fleuries et herbacées. Il
sourit béatement.
Soudain, plus loin sur le chemin de terre
éclairé par la pleine de Lune, il distingue un silhouette.
Il
sent alors son cœur s'emballer : quel monstre cela peut-il être ?
L'attend-il depuis longtemps ? Un coup d'œil à Eugénie le rassure. La
chouette a l'air intriguée mais pas apeurée. Il s'amuse de son empressement à
imaginer un quelconque danger.
Il plisse les yeux pour mieux déterminer
l'ombre qui se dandine devant eux. On dirait un être humain. Il semble peiner
pour avancer. Prudemment, mais curieusement, il allonge le pas pour rattraper
cet inconnu qui anime sa nuit.
La
silhouette s'est arrêtée. Arrivé à sa hauteur, il découvre une vieille femme
grelottante, fébrilement emmitouflée dans une vieille couverture de laine
trouée par les mites. Visiblement, ce ne doit pas être une sorcière si elle ne
peut pas se protéger des mites… La vieille femme lève des yeux surpris et
interrogateur sur lui. Il entreprend de la rassurer et de se renseigner sur sa
rencontre par la même occasion.
« Grand-mère, que faites-vous sur ce
chemin en pleine nuit ? »
La
forme grelottante baisse un moment la tête, comme si elle cherchait sa réponse
et la relève un moment après.
« Je vais chez ma fille qui habite dans
le prochain village.
-
Mais
pourquoi de nuit ? Ne pouvait-elle pas venir elle-même ?
-
Non,
elle est malade. Elle ne sait pas que je suis en route. Je l'ai senti pendant
que je préparais ma soupe. J'ai toujours su quand ça n'allait pas pour elle.
Alors je suis partie aussitôt. J'ai l'impression que cette fois c'est grave,
elle attend son cinquième enfant. J'ai peur que ça se passe mal. En plus, elle
m'a dit qu'il y avait eu une épidémie récemment dans le village. Elle est trop
faible. »
Alex jette un coup d'œil à la route et voit
plus loin une fourchette. Il demande à la vieille femme quelle route elle doit
prendre. Elle lui indique le chemin de droite. Il se tourne alors vers Eugénie
qui secoue la tête pour lui signifier qu'ils doivent prendre l'autre route.
Alex
regarde un instant la fourchette puis se tourne brusquement vers la vieille.
« Bon, nous allons faire un détour. Je
vais vous porter sur mon dos, vous devez vous reposer. »
Il
espère aussi qu'ainsi le corps de la vieille se réchauffera un peu contre le
sien. Il regarde Eugénie, il a déjà pris son envol. Il attache la couverture en
la croisant sur sa poitrine de façon à ce qu'elle soutienne un peu la vieille
femme et la couvre en même temps, telle une mère portant son enfant. Puis il
reprend sa besace et se met en route.
« Vous avez un bel oiseau, lui
souffle-t-elle à l'oreille.
-
Merci.
Il y a peu de temps qu'elle m'accompagne, mais je dois avouer que je m'y suis
déjà attaché » répond-il en souriant en regardant la chouette flotter
devant eux.
Arrivé
à la fourchette, il prend sans hésiter le chemin de droite. Il entend un petit ronflement
dans ses oreilles. La vieille s'est endormie.
Ils
cheminent ainsi jusqu'à l'aube. Le village leur apparaît alors au fond d'une
petite vallée, illuminée par les premiers rayons du soleil.
Alex
s'arrête un instant pour souffler et admirer le paysage. Le flan des montagnes
est couvert de cultures diverses et les gens semblent déjà au travail. On
entend des rires d'enfants et des aboiements. Il distingue en arrière une
petite cascade qui semble venir alimenter les maisons.
« C'est beau, n'est-ce pas ? C'est
là que je suis née.
-
Pourquoi
n'y êtes-vous pas restée ?
-
J'ai
rencontré mon mari.
-
Pourquoi
votre fille y vit-elle alors ?
-
Elle a
rencontré son mari », répond la vieille femme dans un petit rire.
Alex
ne peut s'empêcher de rire aussi. |
|
| mercredi 16 avril 2008, a 15:51 |
| Dans le Bois, chapitre 4 (partie 2) |
Le trio a repris la route, le loup les a
suivis. Alex a eu beau protester, Gauvain a persisté. Finalement l'homme a
abandonné, admettant que la présence du loup ne le gêne en rien, simplement ses
propos, ou plutôt son rire moqueur, le perturbe.
Il s'arrête dans une clairière pour dormir
et consommer les restes du patapon qu'Alex a conservé. Ils voyagent ainsi
encore quelques jours, jusqu'à une petite grotte. Eugénie lui indique que c'est
à l'intérieur de la grotte que se trouve la fameuse plante. Alex lui dit qu'il
attendra qu'il fasse jour pour y entrer, quitte à y aller tout seul. La
chouette lui répond qu'il fera comme il voudra, que de toute façon la grotte
n'est pas profonde. Raison de plus pour attendre qu'il fasse jour. Lily se
propose alors de l'accompagner, ne serait-ce que pour lui désigner la fameuse
plante.
« Parce
qu'il y en a beaucoup qui pousse là-dedans ? – l'interroge le jeune homme.
-
Quelques-unes.
Se serait dommage que tu ne prennes pas la bonne.
-
J'en
aurais pris une de chaque !
-
Quel
gaspillage. »
Alex
fait la moue et doit reconnaître qu'il partage son point de vue. Gauvain est
resté silencieux, le voyage semble terriblement l'amuser. Assis sur son
derrière, il balaie la terre qui détermine l'entrée de la cavité.
La
licorne conseille qu'ils prennent un peu de repos puisqu'ils en ont l'occasion.
Ils ne savent pas quelles surprises peut leur réserver leur retour. Le loup
glousse de plaisir, le tic d'Alex se réveille, Eugénie vole vers une branche
haute.
Alex s'enfonce un plus loin dans la grotte.
Ses multiples sinuosités l'empêchent de définir sa profondeur réelle. Parfois
les murs humides semblent se rejoindre, et parfois ils paraissent s'étirer
inlassablement. Il a fabriqué une torche afin de s'éclairer mieux. Lily
l'accompagne. Le bruit du claquement de ses sabots qui raisonnent dans la
cavité le rassure chaudement. Finalement, il débouche dans un espacement qui
ressemblerait à une petite salle. Sur la droite coule une frêle cascade, dont
l'eau paraît fraîche, et si pure, si transparente… Alex ne résiste à pas à la
tentation de la laisser glisser entre ses doigts, mais son contact est brûlant.
Aussitôt, il ôte ses mains du liquide mystérieux. Seul un cœur d'une parfaite
pureté peut boire cette eau, lui explique Lily.
« Mais
personne ne peut être si parfait !
-
Peut-être
bien, mais c'est ainsi. Elle brûle toutes les impuretés. Mais elle lave aussi
de nombreuses âmes par sa présence, par son chant sur la roche et le cristal de
sa couleur.
-
C'est vrai qu'elle est apaisante… »
Alex reste ainsi à la contempler quelques
instants en silence. Il n'entend plus que sa respiration, celle de la licorne,
et le chuchotement de l'eau. Un chuchotement qui lui semble de plus en plus
perceptible, et soudain, un message s'insinue en lui. Ou plutôt une question.
Une question qu'on ne cesse de lui poser depuis qu'il est entré dans cette
forêt, une question dont il pensait connaître parfaitement la réponse, une
question qui vient du plus profond de lui. Alors Alex commence à penser qu'il
comprend. Il comprend que cette eau est l'âme de ce Bois, qu'elle est la voix
des êtres qui y vivent, qu'elle est le messager des entités qui le traversent.
Et lui, aujourd'hui, il fait partie de tout ça, c'est pour ça qu'il entend ses
mots :
« Que veux-tu Alex, que veux-tu
vraiment ? »
Tout à coup, la beauté qui lui semblait être
la chose évidente, incontournable, inestimable pour lui, lui paraît
insignifiante, inutile et tellement ridicule.
Qu'aurait-il fait de plus s'il avait été beau ? Plein de
choses ! Grogne-t-il, comme pour retrouver ses convictions. Mais si peu
d'exemples lui viennent désormais à l'esprit. Oui, les choses auraient été plus
faciles, mais auraient-elles été mieux ? Aurait-il pu entrer dans ce
Bois ? Il s'agite, tente de repousser la voix mélodieuse qui répète sans
cesse cette question et, afin de sortir de son emprise, demande précipitamment
à Lily où se trouve la plante. Après tout, ils sont là pour ça !
La licorne lui désigne une petite boule
noire aux fleurs dorées dont les pétales sont clauses. Elle lui explique que
les fleurs s'ouvrent pour délivrer leur étamine qu'à une certaine température
et un taux important d'humidité. C'est pourquoi il est intéressant d'en faire
des infusions, car elles gardent tout leur pourvoir bien protégé, au creux
d'elles-mêmes. Seules quelques fleurs suffisent à une grande quantité de
potion. Alex tire de sa sacoche un petit sécateur et sectionne une branche au
niveau du nœud. La tige ainsi récoltée compte déjà cinq petites cloches, qu'il
dépose délicatement dans un petit sac en toile de jute, également fourni par
Actos. La cueillette une fois réalisée, Alex se tourne à nouveau vers la
cascade en inspirant profondément. Il sent un intense sentiment de paix s'insinuer
doucement en lui, lui réchauffer le cœur, desserrer la cage de ses poumons et
délester ses épaules. Il accueil un besoin irrépressible de s'étirer vers le
haut de la grotte, de grandir sont corps trop longtemps recroquevillé par ce
poids dont il se libère enfin. Ce poids ? Le poids de quoi ? De sa
différence ? De son mal-être ? Peu importe, le voilà envolé, et Alex
a l'impression de respirer pour la première fois. Lily reste silencieuse, près
de lui, n'émettant qu'un infime bruit nasal. Quand Alex se sent tout à fait
prêt,- purifié ? – il se tourne vers elle, ce qui lui indique qu'il est
temps de repartir.
Leur retour se fait dans le seul bruit des
sabots au pas de la licorne. Lorsqu'ils arrivent à l'orifice de la grotte, le
loup qui faisait semblant de dormir face à l'ouverture mais qui ouvre un œil
dès qu'il entend les sabots, et Eugénie qui faisait de même du haut de son
perchoir, les accueillent avec un frissonnement. Quelque chose en Alex a
changé. Ils le perçoivent de suite, dans la nonchalance de son pas, dans
l'aisance de ses enjambées, dans le sourire qui se dessine sur son visage
clownesque. Quand il s'arrête devant eux, il flatte chaleureusement l'encolure
de Lily en leur disant qu'ils peuvent prendre le chemin du retour. La question
de la présence de Gauvain ne semble plus se poser, et d'ailleurs les deux
gaillards discutent résolument pendant un long moment.
Le trajet du retour est paisible, seulement,
depuis un moment, il semble à Alex qu'il est observé. Le groupe s'arrête au
bord du lit tranquille d'un cours d'eau afin de prendre du repos avant une
nouvelle nuit de marche. Alex cueille des baies que lui désigne Lily et pêche
quelques poissons argentés afin de les partager avec Gauvain. Le loup, aussi
ronchon soit-il, se trouve en fait être d'agréable compagnie, notamment par sa
façon de tout tourner en dérision qui fait beaucoup rire Alex. Ils continuent
de se disputer pour la nourriture, Gauvain persistant à accuser Alex de lui
réduire sa part. Mais ce ne sont que d'amicales querelles.
La nuit tombant, les compagnons reprennent
le cours de leur voyage. Eugénie et Lily bavardant en tête, suivies d'Alex et
Gauvain, devisant sur la nature environnante. Alex décide finalement de parler
de son impression persistante au loup.
« Ne ressens-tu pas un sorte de regard
sur nous ?
-
Si,
depuis deux jours, quelqu'un ou quelque chose nous suit.
-
Tu
penses que ça représente un danger ?
-
Je ne
ressens rien de bien bon en tout cas. »
Devant
eux, la chouette et la licorne se sont arrêtées et tournées dans leur direction.
Eugénie
objecte cependant que s'il avait voulu les attaquer, il l'aurait certainement
déjà fait. Lily n'est pas d'accord. D'après elle, il les guette, attend le
meilleur moment pour attaquer. Du coup, le groupe se ressert ; diminue la
distance entre les deux couples.
« C'est bizarre, souffle Alex, parfois
il semble disparaître.
-
Ce doit
être un être proche de la forêt, répond Lily.
-
Un
nain ? s'interroge Eugénie.
-
Ou un
elfe ? complète le loup.
-
Quoi !
Vous rigolez ! s'exclame Alex. Il n'y a pas d'elfes ici ! Vous dites
ça pour me faire marcher ?
-
Absolument
pas. Tu te balades bien en compagnie d'une licorne fabuleuse, ironisa Gauvain.
-
Peu
importe en tout cas, restons sur nos gardes. »
Les
quatre amis se serrent encore un peu plus les uns contres les autres, regardant
de tous côtés, dans l'espoir d'apercevoir quelque chose.
Soudain,
de droite et de gauche, surgissent deux ombres. Eugénie pousse un cri de terreur,
Gauvain se planque dans les jambes Alex.
Mais
l'une des ombres semble s'interposer entre eux et l'autre ; ce qui pousse
cette dernière à fuir. Le quatuor n'est pas certain de ce qu'il a vu. Mais
l'ombre qui s'est interposée se retourne et s'approche déjà d'eux.
C'est
une silhouette humaine, mais bien plus grande, dans les deux mètres. Et ses oreilles !
Alex ne peut retenir sa stupeur : c'est un elfe ! Enfin, ça y
ressemble d'après les représentations qu'il en a vu. Seulement, il ne
s'agissait pour lui que d'êtres légendaires, alors que celui-là a l'air bien
vivant. La démarche légèrement féline, les cheveux cuivrés retenus en arrière,
la peau subtilement cuivrée également, mais marquée de tâches d'un vert qu'il
définirait par couleur mousse sèche. Il pense à un elfe des bois.
L'ombre
s'arrête devant eux, leur sourit. Alex ne sait pas quoi dire, ses compagnons
non plus, lui semble-t-il. Alors, c'est celui qui se présente comme leur
sauveur qui prend la parole.
« Vous venez d'échapper à un elfe noir,
dit-il en souriant de plus belle.
-
Ah,
c'était donc ça ! répond cyniquement Gauvain, encore tremblant.
-
Oui. Je
me nomme Tragor. Ca fait déjà plusieurs que je la pourchasse.
-
Vous la
pourchassez ! s'écrit Alex stupéfait.
-
Exactement,
répond l'elfe en hochant la tête. Mais pendant ces deux jours où elle vous a
surveillés, elle est restée très prudente et même si ça présence se ressentait
fortement, je n'arrivais pas à la localiser vraiment. Alors j'ai attendu
qu'elle vous attaque.
-
C'est
pour ça que je ressentais parfois une aura différente, estima la licorne.
-
Parfaitement,
sourit-il.
-
Je me
nomme Lily. Et voici Eugénie, Alex et Gauvain.
-
Ravi de
vous rencontrer mes amis.
-
De
même, chantonne le loup.
-
C'est
un plaisir pour nous de ne pas finir en brochette, acquiesce la chouette.
-
Moi
aussi, siffle Alex. »
Tragor
leur propose de les accompagner un bout de chemin car il pense qu'elle ne va
pas lâcher sa proie aussi facilement. Alex s'inquiète de la raison qui pousse
Tragor à la pourchasser. C'est une elfe noire. Sa famille a été bannie de son
clan, et elle est la seule survivante. C'est une plaie pour le Bois car elle ne
respecte rien. Il la dit dangereuse car elle possède un pouvoir de suggestion
extrêmement puissant.
« Un pouvoir de suggestion ?
s'enquiert Alex.
-
Oui,
elle a accès à notre raison. Et plutôt finement d'ailleurs.
-
Et
vous, quel est votre pouvoir ? »
L'elfe
ne répond pas et se contente d'éluder la question en souriant. |
|
| mercredi 16 avril 2008, a 15:46 |
| Dans le Bois, chapitre 4 (partie 1) |
4.
Dans
la maison toute faite de pierres, la grand-mère est chaleureusement accueillie
par ses petits enfants. Une fille aînée, d'une douzaine d'année, suivie de
trois garçons allant de trois ans en trois ans. Alex est surpris par leur
proche ressemblance à tous. De petits corps menus, prolongés d'un cou gracile, portant
un visage allongé, illuminé de grands yeux noirs. La jeune fille installe sa
grand-mère dans un fauteuil près de l'âtre puis installe leur invité à la
table. Alex s'aperçoit alors qu'il était tant déterminé à amener la vieille
femme dans sa famille, qu'il en a oublié de manger ses provisions. Etant donné
l'heure et l'imprévision de la visite, la jeune fille s'excuse de n'avoir rien
de prêt à lui offrir. Il lui répond que cela n'a pas d'importance et qu'il
serait ravi qu'elle accepte simplement de lui faire réchauffer le contenu de sa
besace, ce qu'elle s'empresse de faire.
« Vérane, comment va ta mère ?
demande la vieille au bout d'un moment.
-
Elle a
beaucoup de fièvre. Je lui ai donné une infusion pour qu'elle dorme tout à
l'heure, elle n'a pas mis longtemps à s'assoupir.
-
Ton
père est au courant ?
-
Oui,
oui, mais il a dû quand même aller travailler, il sait que je veille sur elle.
-
Je sais
bien ma petite, je sais bien. J'ai apporté les feuilles pour préparer le
cataplasme pour la fièvre », l'informa-t-elle en tirant de sa poche un
petit sac de toile rebondi.
Vérane
les jette aussitôt dans de l'eau bouillante qu'elle tire de la marmite suspendue
au-dessus du feu. Elle semble connaître les gestes par cœur, Alex devine que ce
n'est pas la première fois que l'enfant assiste la grand-mère et d'ailleurs,
aujourd'hui, les rôles paraissent plutôt inversés.
Malgré
lui, Alex ne peut retenir un bâillement, qui ne passe pas inaperçu aux yeux de
Vérane. Elle s'excuse de ne pas avoir pensé plutôt à lui proposer de se
reposer, le voyage a dû être fatigant pour lui. Il lui répond, mi-gêné
mi-taquin, qu'il n'avait pas imaginé qu'une vieille femme puisse être aussi
lourde. Vérane sourit gentiment. Elle indique à ses frères les dispositions à
prendre afin que leur invité puisse dormir dans l'un de leur lit. Aussitôt
installé, Alex s'écroule sur les couvertures, cependant, le sommeil vient
difficilement, il ne peut s'empêcher de songer à cette famille en se demandant
comment il pourrait les aider. Morphée gagne finalement le combat.
Il
est réveillé un moment plus tard par des gémissements et des murmures. Malgré
son court sommeil, il sent ses forces revenues. Il se lève alors afin de
s'enquérir de la santé de son hôtesse.
Vérane
et sa grand-mère s'agitent autour du lit dans la petite chambre, à l'opposé de
la sienne. De sa place, il ne voit que le bas du corps de la femme allongée et
l'arrondi de son ventre qui tire sur les couvertures. Elle est secouée de
frissons, et paraît divaguée. Les deux femmes lui parlent à voix basse, lui
appliquent des cataplasmes et changent le linge de son front.
Alex
sort pour fumer une cigarette. Du pas de la porte, il observe les trois jeunes
garçons qui s'activent : le plus âgé tire de l'eau dans le puits, le cadet
charge du bois sur une petite brouette, vaguement aidé par le benjamin.
Soudain, le village semble s'animer, on entend
des voix, des pas, des sabots, beaucoup d'agitation, qui se dirige vers eux.
Il
distingue alors quelque chose d'invraisemblable. Encerclée par de nombreux
habitants, malmenée par des hommes qui la tienne attachée par des cordes autour
de son cou, se débat une licorne ! Une vraie ? Il n'est pas sûr de
lui. Il jette un coup d'œil aux enfants, qui visiblement l'ont remarquée aussi
et se précipitent vers la foule, un regard rapide dans la maison, où les trois
femmes sont encore dans la chambre, retour à l'incongru spectacle. Elle se
cabre, tire de toutes ses forces sur les six cordes qui l'enserrent. Son poil
est d'un blanc virginal et sa corne frontale est luisante. Il reste là, planté
sur le pas de la porte. Il ne sait pas s'il doit avancer ou reculer, rester là
ou les rejoindre. Voir cet être merveilleux dans une telle situation le
bouleverse. Il a envie de leur crier de la lâcher, de lui ficher la paix. Il ne
comprend pas pourquoi ces hommes l'ont capturée.
C'est
la vieille, qui s'est glissée en silence sur son côté, qui apporte la réponse.
« L'homme devant, c'est mon gendre.
-
Pourquoi
ont-ils capturé cette licorne ?
-
Rah,
c'est à cause d'une vieille légende. Il pense que sa corne réalise les vœux.
Mon gendre espère que l'animal va pouvoir sauver sa femme. »
Alex
est stupéfait. Cet homme n'a pas hésité à ôter la liberté à un être fabuleux,
simplement dans le but de sauver sa femme. Quel égoïsme ! Mais dans un sens aussi, quel courage !
Remarque, il n'y est pas allé seul, à en juger par les cinq autres hommes qui
retiennent les cordes.
Arrivés
devant la maison, ils se dirigent vers sa droite et y encordent la licorne à
six pieux qu'ils enfoncent de tous côtés. Quand c'est fini, ils s'éloignent un
peu et regardent leur travail d'un air très satisfait. Puis, le gendre de la
vieille femme se tourne vers sa maison et prend ses fils dans ses bras, pendant
que le reste du village se disperse. Seuls s'éternisent quelques enfants
fascinés. Alex est aussi fasciné qu'eux. Il attend que tous se soient éloignés,
qu'il ait pu saluer son hôte – qui lui a paru bourru – pour s'en approcher à
son tour. Eugénie vole près de lui en marmonnant.
« C'est pas possible d'être aussi bête
et méchant ! Enlevée une licorne de son environnement, quelle
ignominie ! S'ils croient vraiment que c'est comme ça qu'elle va les
aider, ils n'ont incontestablement rien compris !
-
Elle ne
peut rien faire pour eux ?
-
Si.
Mais, elle ne les aidera pas s'ils veulent la forcer à le faire.
-
Ah,
bon !
-
Bien
sûr, c'est la preuve qu'il ne la respecte pas !
-
Je suis
tout à fait d'accord. Je suis ébranlé par cette attitude. Je comprends qu'il
veuille sauver sa femme, mais il me semble qu'il ne peut pas le faire à
n'importe quel prix, ni au dépend d'autres êtres ! »
Il
se tait, ils sont au niveau d'un des pieux. La licorne semble s'être un peu
calmée, elle gratte la terre furieusement avec ses sabots, mais elle a cessé de
hennir.
La
chouette vole jusqu'à la tête de l'animal et entame avec elle ce qui ressemble
à une discussion.
Quand l'estomac se vide,
l'esprit s'éclaircit… :p
Alex
est invité à partager le déjeuner de ses hôtes. Il pense alors qu'Eugénie n'a
pas dormi, et qu'ils vont bientôt reprendre la route. Et puis, il songe à cette
pauvre licorne, prisonnière d'hommes incompréhensifs, l'homme dont il partage
la table l'est indéniablement. Ses propos sont rudes, il estime que la licorne
leur doit de réaliser leur vœu,
que c'est pour cela qu'elle possède cette magie ! Alex s'enquiert du
devenir de l'animal quand elle aura fait ‘son travail'. L'homme répond que certainement
d'autres villageois réclameront son aide.
Alex
est ulcéré. Il sent son tic revenir. Les enfants et leur père éclatent de rire
en disant qu'il aurait lui aussi bien besoin de la magie de la licorne. La
moquerie de son hôte, lui coupe l'appétit, il s'excuse et sort de table. Il
jette un coup d'œil à la petite vieille, qui n'a pas levé le nez de son assiette
tout le long de l'échange, et lui offre soudain un regard désolé.
Inconsciemment,
Alex sort, et va s'asseoir à l'ombre du mur de la maison, du côté où la licorne
a désespéré de lutter.
Il
la regarde un moment, rejoint par Eugénie.
« Tu ne dors pas ?
-
Je
surveille tes allées-et-venues quand même.
-
Je
pense que tu devrais aller dormir. Je ne compte pas passer une nuit de plus
ici.
-
Je te
comprends. Tu es déçu ?
-
La
vieille est tellement gentille, Vérane aussi.
-
Tous
les hommes ne sont pas les mêmes. »
Alex
ne répond pas, il paraît absorbé dans ses réflexions soudainement.
Eugénie
suit son regard et aperçoit deux hommes en train d'échanger leur place auprès
de la licorne. Des tours de garde ! Elle n'a pas besoin de lui demander
pour comprendre à quoi pense Alex.
« C'est dangereux.
-
Je ne
peux pas la laisser ici.
-
Ils
vont te pourchasser.
-
C'est
un risque à prendre, puisqu'ils ne comprendront jamais. Que feront-ils si elle
ne réalise pas leurs vœux ?
-
Ils la
battront, je pense.
-
Hurm…
-
Mais
elle préférera mourir que céder, ça c'est sûr.
-
Alors,
il est hors de question que je l'abandonne ! »
Sur
ce, il se lève d'un bond se dirige vers l'homme qui vient de prendre la garde.
Eugénie les voit se mettre visiblement d'accord. Quand il revient, Alex lui
intime d'aller dormir, car ils partent ce soir, avec la licorne, villageois
contents ou pas !
Il
va lui aussi profiter d'une sieste dans un lit qui l'accueille agréablement :
le gendre étant parti, la vieille et Vérane lui ont proposé de prendre à
nouveau du repos dans la chambre des enfants.
« Il est allé discuter avec les sages et
les conseillers du village, des choses à faire concernant la licorne, il ne
reviendra peut-être que tard dans la nuit, quand toutes les décisions auront
été prises. »
Voilà
une bonne nouvelle pour Alex, qui espère qu'avec un peu de chance les débats
seront animés par un bon vin… et que ses participants s'y adonneront
volontiers.
Il
est prévu qu'il prenne son tour de garde à minuit. Minuit, l'heure où tout est
possible. Cette pensée lui donne du courage, il sourit en tirant sur sa
cigarette.
Un peu avant de prendre la relève, il cache
sa besace, que Vérane a rempli de nombreuses victuailles pour son prochain
voyage, à l'angle de la maison, dans un fourré.
Une
fois, sa place prise, il attend que l'autre homme ait totalement disparu avant
de s'approcher de la licorne. Celle-ci a un mouvement de recul, mais la voix
d'Eugénie se fait entendre et la rassure sur les intentions d'Alex.
« Ma garde est prévu pour une durée de
cinq heures. Régulièrement, je vais discrètement et largement entamer tes liens
avec mon couteau. Quand toutes les cordes seront suffisamment détériorées, il
faudra attendre de voir comment si comporte le village. Je pense que dans
quelques heures les hommes seront suffisamment saouls pour ne pas arriver à
lancer une poursuite organisée. Mais je préfère m'en assurer.
Dès
qu'on sera certain que c'est possible, tu n'auras qu'à tirer un peu sur les
cordes, elles ne devraient pas résister, et tu pourras galoper vers la forêt.
-
Et
toi ?
-
Je ne
sais pas. Selon le cas, on pourrait envisager que je parte avant que tu ne te
libères, mais c'est risqué, car si on s'aperçoit de mon absence, ils vont
comprendre qu'il y a un truc de louche… »
Il s'interrompt soudain ! Réalisant
qu'il vient de parler à la licorne comme à Eugénie.
L'être magique interprète son silence et sa
stupeur.
« J'ai de nombreux pouvoirs magiques. Le
don de la parole en fait partie, tout comme Eugénie.
-
Mais
Eugénie n'a pas de pouvoirs magiques !
-
Ah,
ça… »répond la licorne dans un tendre sourire. Alex se tourne alors vers
Eugénie qui fait mine de ne pas le remarquer et les prévient qu'elle va faire
un tour de reconnaissance pendant qu'il attaque de couper les liens.
Alex peste, la licorne pouffe.
« C'est bien Alex ton nom ?
-
Oui.
-
Je me
nomme Lily - ajoute-elle en souriant à nouveau– Merci. » Elle semble
apaisée, différente de l'animal furibond que l'on a tiré jusqu'à ce lieu quelques
heures auparavant.
« Je t'en prie. Je ne pouvais pas te
laisser là. Cet homme est…
-
Méchant ?
-
Non,
égoïste ! D'accord, il aime sa femme, mais il ne pense pas à toi !
-
Je ne
suis qu'un outil pour lui.
-
Pfff.
-
Je le
comprends…
-
Eh bien
pas moi ! Où a-t-on vu qu'on traite des êtres aussi merveilleux que toi,
de la sorte, un homme comme moi à la rigueur, mais…
-
Ne dis
pas cela, personne ne le mérite. Cependant les hommes sont ainsi faits, ils
cherchent sans cesse à dominer. »
Eugénie
revient, deux cordes sont endommagées, retenues au cou et aux pieux par de
simples filaments.
En
trois fois, avec des pauses entre chaque pour éviter les soupçons si des
villageois les voient trop proches, l'œuvre est terminée à trois heures
passées. Les hommes sortent peu après de l'auberge où s'est tenu le conseil,
dans un état d'excitation et d'ébriété évident. Le gendre de la vieille
s'approche avant de pénétrer dans sa maison, le doigt tendu vers Alex.
« Veille bien sur elle monsieur Crocs,
demain elle va beaucoup nous servir ! » Et il s'éloigne hilare.
Compte sur moi, mon gars, compte sur moi, souffle Alex tout bas.
Bientôt
tous les hommes sont rentrés chez eux, c'est le moment.
Lily
lui ordonne de monter sur son dos, ce qu'Alex, bien que très réticent, fini par
faire, et lui intime de se cramponner. Alex serre ses bras très fort autour du
coup de la Licorne,
qui d'un coup se cabre et tire sur ses cordes en hennissant. Bien sûr, cela
éveillent l'homme et sa famille, mais Alex se penche déjà pour attraper sa
besace près de laquelle passe Lily, bout de corde restant enroulé sur un de ses
poignets. Puis, il se redresse et la licorne part au grand galop, Alex attaché
à elle et Eugénie au-dessus de sa tête.
« Voleur ! Au voleur ! – crie
une voix derrière eux – Il a volé la licorne ! »
Mais
les voleurs et leur proie sont déjà bien loin quand les hommes titubants et
chancelant enfourchent leurs chevaux, armes aux poings.
Réalisant ce qu'il vient de faire, Alex se
met à rire et à crier de bonheur, la licorne libérée partage sa joie en le
faisant sauter sur son dos et Eugénie tournoie dans l'azur qui couronne.
En
les regardant, Alex se dit qu'il n'a jamais été aussi heureux. Quand il pense
qu'il aurait pu tuer cet homme, tant sa haine pour lui était forte… Mais la
course de Lily s'apaise, comme pour amener ses pensées à en faire autant, et au
bout de quelques heures, ils s'arrêtent près d'une cascade.
Alex
saute au sol, trop content de pouvoir enfin soulager son postérieur, et va se
rafraîchir dans l'eau translucide. Quand après quelques minutes, Lily voit
qu'il reste immobile, elle s'approche doucement de lui.
« Tu cherches ton reflet, Alex ?
-
Oh,
non, il ne serait certainement pas beau à voir. Non, je pensais à la femme
malade, à ses enfants qui risquent de rester seuls si elle meurt et à la petite
vieille…
-
Je
n'aurais rien pu faire pour elle de toute façon.
-
Comment ?
– demande-t-il éberlué – tu n'aurais pas pu la soigner ?
-
Non,
elle n'est pas malade.
-
Mais
si, je l'ai vu de mes propres yeux !
-
Non, tu
as vu une femme qui ne veut pas donner naissance à un enfant adultère.
-
Un
enfant adult… Oh, c'est pas vrai !
-
Si, ce
n'est pas l'enfant de son mari, et elle se sent coupable.
-
Elle va
se laisser mourir et tuer l'enfant pour ça !
-
Ce
n'est pas certain qu'elle meurt, ni l'enfant d'ailleurs. Ca va aussi dépendre
un peu de la volonté de l'enfant de vivre. Dans tous les cas, les deux vivront,
ou les deux mourront, elle ne l'abandonnera pas.
-
Euh,
pardon, mais l'enfant a déjà une volonté d'après toi ?
-
Oui,
bien sûr. Tous les enfants ont une volonté une fois créé et formé dans le
ventre de leur mère.
-
Alors
moi je ne devais pas avoir beaucoup envie de vivre pour naître avec toutes mes
tares !
-
C'est
possible.
-
Alors
pourquoi suis-je né ?
-
Parce
que ta mère te voulait encore plus fort !
-
Bonne
nouvelle ! Elle a été moins ravie quand on lui a appris que je n'étais pas
normal ! »
Lily
rit. La colère d'Alex pour ses parents ne semble pas la toucher, comme si cela
n'avait aucune importance. Puis, l'estomac d'Alex fait appel à son souvenir et
ce dernier entame ses réserves.
Les trois compagnons parcourent ensemble les
bois pendant ainsi plusieurs jours, en route à la recherche de la fameuse herbe
d'Actos, qui doit rendre Alex beau, réflexion qui a encore fait rire Lily.
Décidément, beaucoup de gens rient qu'il veuille devenir beau, mais comme eux
il les aime bien et qu'il sent bien que ce n'est pas de la moquerie, il ne leur
en veut pas.
Bientôt,
les denrées de la besace viennent à être épuisées. Alex se trouve donc dans
l'obligation de chasser. Lily et Eugénie lui expliquent qu'il n'y a rien de mal
à cela, que c'est un cercle naturel. Tout de même, Alex ne voit pas bien quel
animal il pourrait chasser, quand par un chanceux hasard – vraiment ? – un
oiseau étrange se met sur leur route. Il ressemble un peu à un faisan, mais
possède une queue majestueuse, digne d'un paon ! Eugénie lui chuchote que
c'est un patapon et qu'il paraît que leur chair est délicieuse.
« Tout de même – souffle Alex – c'est un
bel oiseau.
-
Ne
crois-tu pas que tout est beau dans cette forêt ? Alex –lui demande Lily
-
Si,
peut-être, mais…
-
Il n'y
a pas de mais. Tu ne trouveras pas de si tôt une si belle proie. »
D'un
hochement de la tête, Alex acquiesce et prend un air déterminé, qui lui fait
remonter sa lèvre supérieure sur ses dents. Eugénie et Lily sourient tendrement
devant ce spectacle. Et quand Alex se jette sur sa proie, ils entendent
soudain :
« Voleur ! C'est mon
patapon ! »
Stupéfait,
Alex laisse s'échapper sa proie et se tourne vers le fourré sur sa droite, dont
provient la voix intruse et rocailleuse.
Il
voit bouger les feuillages et apparaître bruyamment… un loup famélique.
Un
loup gris maigre, les poils du museau et du ventre blanc, une queue à laquelle
il doit manquer la moitié des poils, des babines foncées tachetées de rose et
pleine de bave. Ses yeux sont vitreux. Alex a pitié de lui en le voyant si mal
en point.
« Qui es-tu voleur ?
-
Voleur,
cet oiseau était aussi ma proie !
-
Je l'ai
vu le premier !
-
Alors
ça, rien ne le prouve. »
Alex
sent sa lèvre supérieure se retrousser furieusement. Le loup éclate de rire.
« Ce que tu es moche ! Tu crois me
faire peur ainsi ?
-
Absolument
pas ! – répond sèchement Alex, vexé – et tu n'es pas bien plus beau que
moi, je te signale. Loup rachitique !
-
Comment ?
De quel droit m'insultes-tu, voleur ?
-
Le même
que toi ! Et puis cesse de me traiter de voleur, si tu n'avais pas crié,
je ne l'aurais pas laissé filer, et il y aurait largement assez pour nous
deux !
-
Tu
voudrais me faire croire que tu aurais généreusement partagé ton repas avec un
inconnu ?!
-
S'il a faim,
bien sûr. Je ne suis pas aussi égoïste que toi !
-
Bon,
cela suffit – intervient Eugénie – au lieu de vous chamailler, je pense que
vous devriez partir à sa recherche ensemble, il ne doit pas être bien loin,
puisqu'il est beaucoup trop lourd pour voler ! »
Alex
et le loup se toisent un instant et d'un hochement de tête se mettent d'accord.
La petite troupe chemine en silence dans la direction qu'a pris le patapon en fuyant. La terre étant fraîche et humide,
ils distinguent facilement les courtes empreintes de leur proie. Les deux
chasseurs se regardent du coin de l'œil et n'échangent pas un seul mot. Tout à
coup, le loup s'arrête, dressant les oreilles et humant la brise.
« Il
est là », leur indique-t-il. Alors ils s'approchent plus doucement et se
dissimulent derrière un bosquet dense, près d'un arbre mort, calciné par la
foudre, qui borde un coin d'herbe verte. Le patapon est là, il a visiblement
oublié sa mésaventure, car il promène nonchalamment et imprudent dans le rais
de lumière qui fait briller ses plumes colorées.
Alex
et le loup se positionnent chacun d'un côté de l'animal et avancent à petits
pas, puis soudain, le loup s'élance sur la proie, qui tente de s'enfuir du côté
d'Alex, se fait attraper par ce dernier, qui lui plante aussi sec la lame de
son couteau dans la gorge. L'animal n'a pas le temps d'exprimer un dernier cri
de douleur, le sang coule sur l'herbe vigoureuse le long de la main d'Alex. Le
loup s'approche en se léchant les babines. Alex lui sourit, et d'un air
entendu, lui signifie « Bien joué ! ». Le loup hoche la tête.
Alex partage l'animal en deux, laissant les abas à son compagnon de tablée et
de bonnes parties de chair, que ce dernier mange crue, pendant que notre héros,
prépare un feu pour faire cuire la sienne. Lily a toute l'herbe qu'elle veut,
et Eugénie trouve son bonheur dans cette riche terre.
« Quel est ton nom, loup ?
-
Gauvain.
-
Gauvain,
comme dans la légende du Roi Arthur ?
-
C'est
ça. Et toi, homme ?
-
Je
m'appelle Alex.
-
Au
moins c'est facile à retenir. »
Alex ne fait pas de commentaire devant
l'évidente tentative de provocation de l'animal, qui continue l'interrogatoire.
« Et que fais-tu dans cette forêt ?
Ce n'est pas fréquent d'y croiser un membre de ton espèce ?
-
Je suis
à la recherche de la plante qui va me rendre beau. »
Gauvain
à son tour ne peut s'empêcher d'éclater de rire, ce qui finit par vexer pour de
bon Alex, dont la lèvre remonte et frémit violemment.
« Je ne vois pas ce qu'il y a de si
drôle ! Pourquoi tout le monde rit-il lorsque je parle de
cela ? »
Le
loup encore hoquetant au travers de ses rires, tente de lui répondre que ce
doit être la façon dont il le dit, peut-être aussi le fait qu'une telle plante
ne doit pas exister, ou encore le fait de vouloir devenir beau ! Alex
explique que c'est Actos qui l'a envoyé à sa recherche, et qu'il croit en lui.
Gauvain souffle qu'il ne connaît pas cet Actos dont il lui parle, mais il pense
que ce doit être un fieffé menteur si il lui a donné de tels espoirs. Alex ,
furieux, tourne la tête vers Eugénie, qui fait mine de ne rien avoir entendu,
mais dont il est certain de l'attention. Alors celle-ci lui lance d'abord un
regard interrogateur, puis incrédule et finalement rassurant. Il répond alors
que maintenant qu'il est lancé, il va terminer et qu'il verra bien si Actos a
menti ou non.
Mais
le loup a mis le doute en lui. Et Alex n'aime pas douté.
|
|
|
| Présentation |  Lorelei22
Bonjour à toutes et à tous!
Ici, je vais vous parler des mes lectures (romans, BD, manga), et peut-être de certaines choses qui composent ma vie, de mes coups de coeur, de mes coups de gueule...
Quand je me sentirais un peu plus en confiance et que j'aurais mieux apprivoiser le terrain, je vous raconterais de belles histoires, ou tout du moins, j'essaierais...
Je voudrais que ce blog soit un lieu où la créativité a son champ d'honneur, où l'imagination est reine, où la fantaisie gouverne...
Je vais pour cela vous présenter des hommes et des femmes qui y participent, qui font de leurs vies un monde de chimères (des acteurs, des chanteurs, des écrivains, des dessinateurs...)
Je vous invite à partager tout ça avec moi.
Pourquoi Des lettres et des bulles?
Certains se demanderont pourquoi intituler un blog de la sorte, ou pourquoi choisir de traiter de tels sujets dans un blog, d'autres encore (comme moi au départ) ne voient pas l'utilité de faire un blog.
Alors, voilà. Je pense que le plus simple serait que je vous conte la petite histoire qui m'a amenée jusqu'au jour présent afin de créer ce blog.
Je suis une jeune fille de 22 ans qui s'est retrouvée longuement en arrêt de travail pour une hernie discale que trop imposante. J'étais jusque -à vendeuse en librairie (ah on perçoit un semblant d'explication) et j'ai été licenciée.
Durant mon immobilité, j'ai beaucoup lu et ces jours derniers je me suis dit qu'il serait dommage que toutes ces lectures soient perdues, aussi me suis-je demandée comment les mettre à profit?
La réponses est venue de mon élève (eh oui, je fais un peu de black...) qui m'a annoncé avoir créer un blog en me demandant d'y mettre des commentaires.
En y jetant un coup d'oeil et en réalisant la facilité avec laquelle on pouvait y mettre des tas de choses, j'ai pensé que je pourrais en faire autant.
Je me suis donc lancée dans la réalisation d'un blog, puis d'un second...
J'espère réussir à animer ce blog (avec votre aide) et à vous faire partager mes passions.
Au plaisir.
Envoyer un mail à l'auteur | |
|